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Le Pape François et le couple présidentiel malgache, samedi 7 septembre 2019. Le Pape François et le couple présidentiel malgache, samedi 7 septembre 2019.   (Vatican Media)

Le Pape à Madagascar: décryptage du père Sylvain Urfer

Pour la deuxième étape de ce 31eme voyage apostolique, le Souverain Pontife s’est envolé direction Madagascar. Comme le veut la tradition, cette intense journée a débuté avec le discours aux autorités. Analyse avec le père Sylvain Urfer, directeur l’observatoire de la vie publique sur la Grande Ile.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

La première journée du Saint-Père sur la Grande Ile a débuté avec le traditionnel discours aux autorités, au corps diplomatique et à la société civile. Pour ses premiers pas à Madagascar, le Pape François est revenu sur une valeur fondamentale de la culture malgache, qui figure même dans la Constitution, le «Fihavanana»: une notion qui évoque l’esprit de partage, d’entraide, de solidarité.

«Ainsi se révèle l'âme de votre peuple», a expliqué chaleureusement le Saint-Père, une notion qui permet aux Malgaches de «résister avec courage et abnégation» aux épreuves de la vie quotidiennes. 

Le père jésuite Sylvain Urfer est fondateur et dirigeant du SEFAFI, l’observatoire de la vie publique à Madagascar, il revient sur le discours du Saint-Père aux autorités malgaches. 

Je l’ai trouvé très bien ciblé, mettant en exergue les points principaux sur lesquels aujourd’hui, la société et les gouvernants doivent s’interroger. «Développement», cela reste un mot depuis 60 ans et l’indépendance de l'Île, le développement, c'est un mythe, l’objet d’un discours. Les rares fois où l’on a parlé de développement à Madagascar, c’est lorsque la croissance augmentait, mais cette croissance n’a pas permis aux pauvres de sortir de leur pauvreté, elle n’a permis qu’aux riches de capter la valeur ajoutée et de se comporter en prédateurs car ils avaient accès à l’argent public. Le Pape a très bien fait de pointer le fait que d’abord, le politique est au service de la société, et de son développement, et ce développement ne peut pas être simplement une croissance qui multiplie les richesses sans les répartir. 

 

Autre point fort du discours du Pape François, c’est cet avertissement à la communauté internationale, il a évoqué le «risque est que cette ouverture devienne une prétendue “culture universelle” qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaque peuple», comment avez-vous ressenti ces paroles ?

Le Pape François a dit très explicitement à la communauté internationale de continuer à aider le pays, mais que cette aide ne soit pas l’occasion d'impulser à Madagascar et dans les pays équivalent une sorte de culture universelle qui lamine les cultures locales, cette culture universelle n’étant rien d’autre que la mise en oeuvre d’un libéralisme débridé et d’une politique ouverte à tous vents. Cela me parait un avertissement très sérieux pour la communauté internationale, qui ne faudrait pas occulter.

Le Saint-Père a également fait part de son inquiétude pour la biodiversité du pays, il appelé les Malgaches à prendre soin de leur terre ...

C’est un très beau passage. Dans la logique de Laudato Si’, il a cadré l'effort écologique en le mettant en relation intime avec le développement social et l’épanouissement des personnes, montrant que la crise écologique ressort de la même logique que la crise sociale. Ce point est vraiment important, mais il est loin d’être acquis dans l’opinion et auprès des dirigeants. Je suis très heureux qu’il ait insisté sur ce point, et nous, dans le cadre de la société civile, c’est ce qu’on essaiera de poursuivre en matière de sensibilisation. 

Avant le Saint-Père, c’est le président du pays, Andry Rajoelina qui s’est exprimé, il a renouvellé son serment de servir les Malgaches, à parler de cette visite comme un nouveau départ, «le peuple àa soif de votre parole» a déclaré le président… Au-delà des mots, dans quelles mesures cette visite peut influencer la politique du pays ? 

Ce discours, le président malgache l’a fait en s’engageant personnellement, et je pense que la plupart des auditeurs ont pris ça pour non pas des paroles verbales, mais un engagement qu'il conviendra de rappeler jour après jour mois après mois année après année.

Deuxième impact, c’est précisément celui de ce discours adressé aussi au-delà des autorités, à la population, prise à témoin. Le président prend en engagement la population de sa volonté de s'en sortir. Je suis très heureux qu’il ait insisté sur ce point, et nous, dans le cadre de la société civile, c’est ce que l’on essaiera de poursuivre en matière de sensibilisation. 

Il y a des signes positifs de l'évolution, il y aussi des secteurs qui traînent, et il y également quelques endroits ou la corruption continue à fleurir, y compris dans son propre entourage.

07 septembre 2019, 18:22