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Visages érythréens. Photographie d'Aide à l'Église en détresse Visages érythréens. Photographie d'Aide à l'Église en détresse  (embargoed until 12th October)

La présence catholique serait à risque en Érythrée

L’Église catholique dans l’expectative en Erythrée. Quel sera son avenir, et surtout celui de ses malades et de ses élèves? L’Aide à l’Église en détresse, sa branche italienne, rapporte la détresse de catholiques qui préfèrent garder l’anonymat. Lors de la rentrée prochaine, les écoles gérées par l’église pourraient fermer après les structures de santé.

Marie Duhamel – Cité du Vatican

L’Église catholique gère 100 crèches et 50 écoles à travers le pays, des classes élémentaires à celles du lycée, mais pas la terminale, puisque le gouvernement a imposé l’an dernier à tous les élèves de finir leurs études secondaires dans un institut militaire. «Ceux qui ne fréquentent pas cette dernière année n’obtiennent pas leur diplôme», explique une source anonyme à l’Aide à l’Église en détresse.

Le sort des élèves, des enseignants et de leurs responsables est en suspens. Ils craignent le pire à la rentrée de septembre après la fermeture récente des centres de santé tenus par l’Église. Il y a une dizaine d’années, les élèves d’un établissement scolaire géré par l’Église avaient été transférés, sans préavis, dans un institut public. L’école catholique n’avait pu rouvrir que quatre ans plus tard.

Les écoles, après les centres de soin

Le sort de nombre des religieux et religieuses qui s’occupaient des structures de santé, tout juste fermées par les autorités, est également incertain.

La police a posé des scellés sur les portes de 22 centres de santé à travers le pays, mais également sur leurs logements annexes. Les religieux ont du se réfugier dans d’autres maisons de leur congrégation. Beaucoup d’entre eux sont dans l’impossibilité de quitter le pays, car le gouvernement interdit aux femmes de moins de 40 ans et aux hommes de moins de 50 ans de quitter le pays, s’ils n’ont pas fait leur service militaire.

Une nationalisation des structures de santé saisies avait été annoncée, mais pour l’instant «il n’y a eu aucun transfert de personnel». Outre les 22 centres de santé fermés ces dernières semaines, 8 l’avaient été en 2017 et 2018. Selon le père Mussie Zerai de l’Éparchie d’Asmara qui s’occupent des communautés érythréennes en Europe, l’Église soignait quelque 200 000 personnes chaque année, soit 6% de la population.

Que deviendra le peuple?

«Ils nous ont empêché d’offrir le peu que nous avions à donner, dans des lieux où personne ne prenait soin de la population, pas même l’État. Si le gouvernement nous oblige à fermer aussi les écoles, nos prêtres et nos religieuses trouveront un moyen de survivre. Mais le peuple, comment fera-t-il?», s’interroge un témoin anonyme.

Précisons que l’an dernier, l’unique institut pour séminaristes et religieuses a été également fermé. «Il n’existe aucune structure où les candidats à la prêtrise et au noviciat peuvent étudier. La police a également arrêté un prêtre et une religieuse qui se refusaient de donner le nom des étudiants

Lors d’un événement organisé mi-juillet par l’ambassade britannique près le Saint-Siège pour présenter un rapport commandité par Londres sur les persécutions anti-chrétiennes dans le monde, Mgr Antoine Camilleri, Sous-Secrétaire pour les Rapports avec les États, a affirmé que le Vatican suivait au quotidien la situation en Érythrée, rapporte le vaticaniste John Allen qui précise dans un article de Crux que le Saint-Siège a des rapports diplomatiques avec Asmara depuis 1995.

Tous les chrétiens inquiétés

La répression des autorités ne vise pas uniquement l’Église catholique. La nouvelle rapporteure spéciale sur les droits de l'homme de l'ONU en Érythrée, Daniela Kravetz, s’inquiétait mardi 2 juillet à Genève de l’arrestation de chrétiens dans le pays.

Plusieurs groupes évangéliques rassemblés en prière auraient été arrêtés en mai; 140 pentecôtistes à Asmara, ainsi que des membres de la Faith Mission Church à Keren en juin.

Le patriarche orthodoxe accusé d’hérésie

En juin, cinq moines orthodoxes ont également été interpellés; des partisans du patriarche Abune Antonios, 92 ans. Ce dernier a été consacré premier patriarche de cette église autocéphale par Chenouda, le patriarche copte orthodoxe, en 1998, avant d’être placé en résidence surveillée depuis 2007 par les autorités érythréennes qui lui reprochaient ses interférences. Depuis, l’Église orthodoxe d’Érythrée cède ses deniers à l’État, qui rémunère ses prêtres.

La mise à l’écart du patriarche Abune, non accepté au Caire, semble avoir créé un schisme au sein de cette Église. Aujourd’hui, son influence reste majeure comme l’indique l’arrestation de ces moines, et une lettre signée le 17 juillet dernier par six évêques orthodoxes. Dans cette lettre signée par seulement cinq d’entre eux, ils accusent le patriarche Abune d’«hérésie», l’excluant de son Église. Son nom ne doit plus être mentionné dans le pays, écrivent-ils.

Dans une vidéo sortie clandestinement du pays en avril dernier, le patriarche Abune affirmait vivre dans le quartier des serviteurs de la résidence du secrétaire du Saint-synode. Affecté de diabète et de tension artérielle, il souffre de ne pas recevoir les soins adéquats.

25 juillet 2019, 13:03