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Jean Vanier, fondateur de L'Arche Jean Vanier, fondateur de L'Arche 

Jean Vanier, la compassion comme moteur des relations humaines

Le fondateur de L’Arche s’était rendu à Rome en 2008, pour l’inauguration de nouveaux bâtiments de la communauté “Il Chicco”, rattachée à L’Arche Internationale. Un foyer situé à Ciampino, près de Rome, et que le Pape François a visité en mai 2016. Sœur Catherine Aubin avait rencontré Jean Vanier pour un entretien que nous vous proposons de redécouvrir. Le Canadien propose une réflexion sur la compassion, nourrie par le regard de l’homme sur ses propres fragilités et celles de son prochain, à la lumière de la foi chrétienne.

Sœur Catherine Aubin / Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Rien ne semblait destiner Jean Vanier, fils de diplomate, militaire puis professeur de philosophie, à s’intéresser aux personnes ayant un handicap mental. En 1964, il est cependant bouleversé par les conditions de vie offertes aux personnes handicapés dans les centres d’accueil. Il invite cette année-là Raphaël et Philippe, deux hommes ayant une déficience intellectuelle, à venir vivre dans une modeste maison de Trosly-Breuil à quelques 100 km de Paris. Peu à peu ils s’apprivoisent, et l’aventure de L’Arche commence. Jean Vanier meurt le 7 mai 2019 à Paris, laissant une Fédération internationale comptant 154 communautés dans 38 pays, avec environ 10 000 membres ayant un handicap mental ou pas.

Chaque être humain est aimé de Dieu

Mais au-delà de son charisme de fondateur, Jean Vanier était doté d’une foi profonde, nourrie par l’Évangile et son inaltérable amitié avec Jésus. Homme de relations et d’une grande sensibilité, il était également un fin connaisseur des forces et des faiblesses de l’être humain, qu’il avait d’abord découvertes en lui-même. Il en témoignait en 2008 en nous parlant de la compassion, cet «instinct de vie qui doit être complété par la grâce» pour que l’homme devienne davantage semblable à son Créateur. La compassion n’est pas une simple émotion, elle demande aussi «une certaine sagesse», par l’éveil de l’intelligence et des compétences, précise alors Jean Vanier.

«Le pauvre éveille ce qu’il y a de plus beau dans l’être humain: son cœur», ajoute-t-il, avant de se référer avec finesse et profondeur au récit évangélique du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37).

Le message central du message de Jésus-Christ, explique-t-il également, est que «tout être humain, quelle que soit sa culture, son ethnie, ses capacités est aimé de Dieu». «Chaque personne est importante», insiste celui dont toute la vie témoigne de ce précepte.

La découverte de ses vulnérabilités, point de départ de la vraie compassion

Pour Jean Vanier, la compassion porte également une exigence: «si l’on veut annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, il faut demeurer avec eux». C’est là, dans cet “être avec”, que la compassion va traverser le champ de la vulnérabilité et se distinguer radicalement de la générosité, en se dépouillant de toute dimension de pouvoir. La générosité exprime un rapport de domination, où se manifeste la supériorité de celui qui donne envers celui qui reçoit. «C’est un début, mais pour aller plus loin, il faut découvrir la vulnérabilité», explique Jean Vanier. La vulnérabilité se révèle dans une relation de communion, simple et sans masques, entre un être humain et «un autre être humain». «Le pauvre, qui est vulnérable, éveille ce qui est le plus vulnérable en nous», affirme le fondateur de L’Arche.

Cette conscience de ses propres fragilités ouvre vers une rencontre avec Jésus, vécue dans la vérité de sa condition d’enfant de Dieu. L’homme qui a découvert sa faiblesse peut jeter un cri vers son Sauveur; un cri qui résonne avec celui des personnes handicapées: «j’ai besoin de toi, Jésus !». «La vraie compassion jaillit de ce cri», estime Jean Vanier. Le regard posé sur l’autre est alors transformé. «Pour ne plus mépriser les autres, il faut avoir découvert, accueilli et aimé ce qui est méprisable en soi», poursuit-il, en s’appuyant sur la pensée de Martin Luther King.

«La communauté de l’Église doit être la communauté des pauvres, qui reconnaît qu’on ne fait rien sans les bras de Jésus, sans le baiser de Jésus (…)», rappelle enfin Jean Vanier. Le croyant doit éprouver ce «besoin tout le temps, à chaque minute, de ce regard de Jésus en moi», capable d’accueillir ses faiblesses. La pauvreté de chaque être devient donc infiniment précieuse dans la perspective du Royaume:  «on est tous des enfants avec des dons différents, mais on a besoin constamment d’être appauvri pour découvrir notre besoin profond de la grâce», conclut notre invité.

Entretien avec Jean Vanier, mars 2008
07 mai 2019, 16:29