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Une femme insère son bulletin de vote dans l'urne lors de préélection dans la province d'Aceh, le 6 avril dernier Une femme insère son bulletin de vote dans l'urne lors de préélection dans la province d'Aceh, le 6 avril dernier  (AFP or licensors)

Indonésie: pourquoi l'Eglise appelle les jeunes à voter

En Indonésie, le 17 avril prochain, quelque 192 millions d'électeurs seront appelés aux urnes pour choisir leur président, vice-président, mais également renouveler les membres de leurs parlements national et locaux. A l’approche du scrutin, l’Église appelle les jeunes à se déplacer dans les bureaux de vote.

Marie Duhamel (avec Asianews et AFP) – Cité du Vatican

Dans un message vidéo publié ce mercredi 11 avril, le président de la Conférence épiscopale indonésienne et archevêque de Jakarta, Mgr Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo, appelle les catholiques à se rendre aux urnes pour devenir les «acteurs du futur de la nation», en portant leurs suffrages sur des candidats capables et en évitant les votes d’intérêt.

L’achat des voix est encore courant dans la plus grande démocratie du monde. Un électeur sur dix aurait déjà été approché et la Commission d'éradication de la corruption (KPK) enquête actuellement sur des douzaines d'affaires. Celles-ci sont d’autant plus nombreuses que le nombre de candidats en lice est élevé, 245 000 personnes lors du prochain scrutin, un record.

«Le vote compte réellement» assure Mgr Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo dans son message. Il s’adresse en particulier aux jeunes du pays en leur offrant «des lignes guides» pour garantir au pays de meilleures conditions sociales. «Utilisez votre conscience morale pour choisir les candidats sur la base de ce qu’ils ont fait pour la nation, de ce qu’ils font aujourd’hui pour elle et de ce qu’ils feront pour le bien du peuple indonésien».

L'Église engagée dans la vie politique

L’archevêque de Jakarta leur rappelle l’engagement de l’Église catholique dans la vie politique de la nation. Une contribution qui commença avant même 1945 et l’indépendance du pays. L’Association des jeunes catholiques a ainsi été fondée le 28 octobre 1928, au premier jour du Congrès des mouvements nationalistes de la jeunesse qui donna naissance à «Sumpah Pemuda», une déclaration dans laquelle les jeunes, toujours sous le contrôle des Pays-Bas, proclamaient leur idéal «d’une patrie, d’une nation, d’une langue», et qui eut un rôle fondamental ensuite dans la construction de l’État. «Aujourd’hui, souligne le prélat, nous conservons le fort nationalisme qui a caractérisé ces jeunes catholiques d’alors et qui a animé des leaders de l’Eglise comme le premier évêque du pays, Mgr Albertus Soegijapranata».

Si l’Eglise exhorte ces dernières semaines les catholiques à aller voter, c’est que, selon les analystes, lors de ces élections pourraient s’affronter deux visions du pays: l’Indonésie pluraliste face à la percée de mouvements fondamentalistes musulmans soutenus, souligne Asianews, par des politiciens envenimant les débats avec des fausses nouvelles ou par des groupes armés islamistes.

Le pluralisme à l'épreuve du fondamentalisme

Ceux qui défendent l’unité du pays craignent dès lors l’abstentionnisme ou le vote blanc (Golongan Putih). D’autant que ces derniers jours, 32 organisations nationales (des syndicats, associations d’étudiants, des ong de défenses des droits indigènes ou de protection de l’environnement) se sont rencontrées pour convaincre leurs membres de ne pas voter. Le mouvement se dit déçu du président sortant, Koko Widodo, sans pour autant se fier à son principal rival, l’ancien général Prabowo Subianto appuyé par les conservateurs et accusé d’avoir violé les droits humains au cours de sa carrière militaire.

L’armée a un devoir de réserve et reste neutre lors de la campagne. Dans un message vidéo, elle a toutefois fait savoir qu’elle était prête à intervenir contre toute tentative de saboter le bon déroulement du vote. Le maréchal Hadi Tjahjanto, le chef de l’armée de l’air entouré de ses collègues, a en outre déclaré que quiconque souhaitait déstabiliser l’Indonésie, menacer son unité nationale et mettre au défi l’idéologie pluraliste de la Pancasila ou de la Constitution de 1945 «devra rendre des comptes aux forces armées».

10 avril 2019, 17:52