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Mgr Michaeel Najeeb, archevêque de Mossoul, avec Anne Hidalgo, maire de Paris, à Erbil, lui présentant la numérisation d'un ancien manuscrit, le 12 avril dernier. Mgr Michaeel Najeeb, archevêque de Mossoul, avec Anne Hidalgo, maire de Paris, à Erbil, lui présentant la numérisation d'un ancien manuscrit, le 12 avril dernier.   (AFP or licensors)

Notre-Dame: l’archevêque de Mossoul exhorte les catholiques français à garder l’espérance

L’archevêque de Mossoul réagit à l’incendie de Notre-Dame de Paris. Il exhorte avec force les catholiques français «à ne pas avoir peur des églises qui brûlent», mais à devenir bâtisseurs de paix et d’espérance.

Entretien réalisé par Manuella Affejee - Cité du Vatican

Le terrible incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, cœur spirituel et historique de toute une nation, a généré une émotion planétaire. La France a été submergée par une onde de solidarité après ce drame, en témoignent les innombrables marques de sollicitude et d’amitié qui ont aussitôt afflué de toutes parts.

L’événement, advenu au seuil de la Semaine Sainte, a eu une résonnance toute particulière parmi les catholiques, invités à prier et à vivre avec encore plus d’intensité le Triduum qui précède la fête lumineuse de la Résurrection. 

Mgr Michaeel Najeeb op., est l’archevêque chaldéen de Mossoul. Les mystères de la Passion, de la mort et de la Résurrection du Christ sont vécus de manière spéciale par les chrétiens de cette région blessée.

 

Ces trois jours (Triduum pascal, ndlr) ont beaucoup de sens pour nous, en plein cœur de ces souffrances que nous vivons en Irak, spécialement à Mossoul et ailleurs, comme en Syrie par exemple. Nous sommes en union de prière avec tous les gens qui souffrent. Et je dois absolument dire combien notre souffrance était grande en voyant ces images tristes de Notre-Dame de Paris qui a brûlé. Ça nous a brûlé le cœur…

Et pourtant, vous les chrétiens de Mossoul, d’Irak et de Syrie, vous avez-vous-mêmes vu vos églises détruites, brûlées, -les circonstances n’étaient certes pas les mêmes-, mais vous avez vécu dans votre chair cette expérience douloureuse de voir la maison de Dieu par terre, détruite ou endommagée. Quel est le message que vous lancez aujourd’hui à ces catholiques français désemparés par ce qui s’est passé ?

Il ne faut jamais avoir peur des églises qui brûlent, qu’il s’agisse d’un incendie accidentel ou causé par des fanatiques. On peut célébrer la messe dans la rue, pas seulement entre les murs des églises ou des cathédrales. D’autres évêques et moi-même avons déjà célébré dans les décombres d’églises. Ici à Mossoul, nous avons plus de 13 églises défigurées, pillées et détruites et nous allons aussi célébrer dans ces lieux-là. On peut célébrer et vivre partout la Résurrection ! Donc gardez l’espérance ! Il faut redevenir bâtisseurs de paix et d’espérance. Nous allons rebâtir toutes les églises qui ont été détruites. Cela m’a beaucoup touché que le monde entier, des personnes croyantes ou non, se joigne les mains pour vouloir rebâtir ce bijou de la chrétienté. Pour moi, chaque cathédrale est un manuscrit ouvert qui parle aux gens, chrétiens, croyants ou pas.

Vous-même, dans quel état d’esprit allez-vous vivre ces trois jours saints et la fête de Pâques ?

Malheureusement à Mossoul, il n’y a pas beaucoup de chrétiens. On attend encore de voir avec qui on va pouvoir célébrer. La plupart des gens se trouvent dans la Plaine de Ninive et au Kurdistan et ne sont pas rentrés chez eux à Mossoul, parce que la situation n’est pas encore sûre. Nous attendons de voir dimanche matin, avec ceux qui sont sur place. Sinon, je vais célébrer tout seul avec quelques prêtres et quelques amis.

En tant qu’évêque de Mossoul, donc pasteur des chrétiens de la région, quel est le message que vous comptez leur adresser pour cette fête de la Résurrection ?

Avant tout, de garder l’espérance et de se mettre debout, comme le Christ. D’ailleurs le mot «Qiama», la Résurrection en arabe, renvoie à quelqu’un qui était assis ou endormi et qui se met debout sur ses pieds. Il y a aussi la dynamique de se mettre en marche. Donc le message que je donne est simple: garder l’espérance, revivifier la foi qui est dans le cœur de chacun d’entre nous, et regarder en avant, ce qui veut dire trouver un travail pour perdurer et assurer la pérennité de la présence des chrétiens. Nous voulons fixer la présence de ces chrétiens qui sont là depuis 2 000 ans et nous resterons là jusqu’à la fin des temps,  je l’espère ! Avec le Christ qui nous accompagne, qui nous prend par la main et la Vierge Marie, que nous prions pour qu’elle nous accompagne et nous protège dans ses moments difficiles.

Entretien avec Mgr Michaeel Najeeb, archevêque de Mossoul
17 avril 2019, 17:08