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Vatican News
Manifestants à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, le 12 février 2019 Manifestants à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, le 12 février 2019   (ANSA)

L'alerte des évêques d’Haïti: «Le pays est au bord de l’abîme»

En Haïti, la situation socioéconomique se dégrade de jour en jour, à tel point que le gouvernement a déclaré début février l'état d’urgence économique. La Conférence épiscopale du pays s’est quant à elle exprimée dans un message appelant toutes les composantes de la société à réagir, «au prix de grands sacrifices».

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Haïti s’embrase depuis le début du mois. La révolte des habitants, qui dénoncent l’inflation et réclament la démission du président, donne lieu à des scènes de chaos: magasins pillés, voitures brûlées, évasions de prisons… Au moins 6 personnes auraient trouvé la mort depuis la mobilisation nationale de l’opposition le 7 février, qui a été suivie d’autres manifestations spontanées dans les principales villes du pays.  

Jovenel Moïse, en fonction depuis le 7 février 2017, s’était fait élire en promettant «à manger dans toutes les assiettes et de l'argent dans les poches». Deux ans plus tard, la réalité est toute autre: la hausse des prix dépasse 15%, la valeur de la monnaie s’est effondrée, et 60% de la population vit avec moins deux dollars par jour.

De plus en plus de départs 

Outre la rébellion, beaucoup d’Haïtiens choisissent l’émigration, souvent au péril de leur vie. En témoigne tragiquement ce naufrage survenu le 2 février dernier au large des Bahamas, où 31 migrants haïtiens sont morts noyés. Le Saint-Père s’était d’ailleurs exprimé peu après.

Un nouveau drame de la migration qui était prévisible selon Frédéric Thomas, chargé d’études au CETRI, le Centre Tricontinental. Selon lui le gouvernement haïtien laisse faire, et trouve son intérêt dans le départ des migrants.

Analyse de Frédéric Thomas (CETRI)

Pour Frédéric Thomas, ce flux migratoire devrait continuer, d’autant plus qu’un programme économique fiable peine à voir le jour.

Analyse de Frédéric Thomas (CETRI)

Dans ce contexte difficile, les évêques de la Conférence épiscopale haïtienne ont lancé un cri d’alarme, avec ce message publié lundi 11 février:

«“Seigneur, sauve-nous. Nous sommes en train de périr!” (Mt 8, 25). C'est avec ce cri alarmant de prière et de désespoir des disciples au Christ qui dormait alors que la barque menaçait de sombrer, que nous nous adressons à vous aujourd'hui pour vous dire que l'heure est grave. Nous devons nous réveiller pour prendre ensemble toute la mesure du danger qui nous menace tous. C'est le moment d'unir nos forces et nos intelligences pour sauver notre barque commune, Haïti, qui est notre fierté.

L'heure est grave, car il y a violence contre la vie. Nous déplorons les pertes tant en vies humaines qu'en biens matériels enregistrées ces derniers temps dans les voyages clandestins et les manifestations. Nous profitons de cette occasion pour présenter nos sympathies aux victimes et aux parents des victimes.

L'heure est grave, la misère augmente, le bien commun est menacé. Le pays est au bord de l'abîme ! Cette situation ne peut pas se prolonger.

Réveillons-nous pour nous mettre à l'écoute de Dieu, Maître de la sagesse et Principe de toute vie. Mettons-nous à l'écoute de ce peuple qu'il aime tant.

Nous devons trouver une solution de sagesse qui tienne compte des intérêts supérieurs de la Nation et de la défense du bien commun. En ce sens, nous en appelons à la conscience citoyenne des différentes parties en vue d'une décision patriotique, ne serait-ce qu'au prix de grands sacrifices.

En ce 11 février, fête de Notre Dame de Lourdes et journée mondiale des malades, nous vous invitons à prier pour Haïti en tournant nos regards confiants vers le Seigneur qui remet toutes choses debout par sa puissance.»

13 février 2019, 12:56