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Béatification du cardinal Newman par Benoît XVI, le 19 septembre 2010 Béatification du cardinal Newman par Benoît XVI, le 19 septembre 2010 

John Newman, poète et prophète du catholicisme britannique

Le Pape François a reconnu le miracle attribué au bienheureux cardinal britannique John Henry Newman, mercredi 13 février, ouvrant la voie à sa prochaine canonisation. Aperçu de sa vie et entretien avec l'un de ses biographes, le père Keith Beaumont.

Delphine Allaire / Olivier Bonnel - Cité du Vatican 

Anglican converti au catholicisme, le cardinal John Henry Newman (1801-1890), étudie au réputé Trinity College d’Oxford. En 1822, il décroche son agrégation à l’Oriel College, centre névralgique du Mouvement d’Oxford. Ce groupe cherche à lutter contre tout libéralisme théologique, et compte revenir à la foi des origines, grâce à la redécouverte des Pères de l’Église. Le Mouvement défend aussi l’indépendance de l’Église anglicane vis-à-vis du pouvoir politique, aspirant à ramener l’anglicanisme près des couches populaires.

De l’anglicanisme au catholicisme

John Newman est alors l’un des principaux membres du jeune parti de la nouvelle haute Église, qui cherche un remède infaillible à tous les maux «dans une Église infaillible». Il décide donc de s’engager dans le célibat, et est ordonné prêtre anglican en 1825. Vicaire à l’église St Clement’s d’Oxford, il est nommé curé de St Mary, l’église universitaire d’Oxford où il se fait connaître par ses sermons. John Newman commence en septembre 1833 à publier le premier des Tracts for the Times. Il y soutient que l’on peut signer les 39 articles de l’Église anglicane, tout en acceptant de cœur le principe du catholicisme romain. Une véritable tempête se déchaîne alors contre lui et ses amis. 

L’expérience de l’enseignement

Après deux ans de vie solitaire, le 9 octobre 1845, il se fait recevoir dans la communion de l’Église romaine. Un an plus tard, il est ordonné prêtre à Rome et rentre en Angleterre la veille de Noël 1847, avec la mission d’introduire dans sa patrie l’institution de l’Oratoire de Saint-Philippe de Néri; il en établit le centre à Birmingham et, plus tard, dans la banlieue de cette ville minière, à Edgbaston, dans les Midlands de l’Ouest au centre de l’Angleterre.

De 1854 à 1858, il est recteur de l’Université catholique de Dublin avant de créer en 1859, à Edgbaston, une école pour jeunes catholiques de classes supérieures. Newman est persuadé de l’utilité de l’enseignement de la théologie pouvant servir les sciences.

Dans son Apologia pro vita sua (Londres, 1864; nouvelle édition l’année suivante, sous le titre de History of my religious opinions), il ausculte enfin un large pan de sa vie – près de 45 ans -, avec une puissance autobiographique remarquée même par ses adversaires. De 1868 à 1881, le théologien et poète édite lui-même la plupart de ses écrits en 36 volumes uniformes. Il se rallie en 1870 au dogme de l’infaillibilité. Le 12 mai 1879, Léon XIII le crée cardinal avec exemption du devoir de résidence. 

Une renommée aussi théologique que littéraire

Le cardinal anglais connaît une postérité glorieuse, devenant une référence de choix pour de nombreux auteurs chrétiens britanniques tels que G. K. Chesterton, Evelyn Waugh ou Julien Green, l’ami de Jacques Maritain. G. K. Chesterton, par exemple, lui consacre plusieurs essais entre 1904 et 1933, avouant s’inspirer d’Apologia dans l'avant-propos de son essai apologétique, Orthodoxie. L’auteur irlandais James Joyce considère quant à lui qu'«aucun prosateur n'est comparable à Newman», et le théologien jésuite allemand, Erich Przywara, de déclarer: «Ce que saint Augustin a été pour le monde antique, saint Thomas pour le Moyen Âge, Newman mérite de l'être pour les temps modernes».

L’hommage de Benoît XVI

Il est proclamé vénérable par la Congrégation pour les causes des saints en 1991. Puis béatifié à Birmingham, par Benoît XVI, le 19 septembre 2010, date des 70 ans de la Bataille d’Angleterre de la Seconde guerre mondiale.

Le Souverain pontife bavarois lui rend un hommage appuyé lors de l’homélie de sa béatification, le situant dans la lignée des saints et érudits britanniques à l’image de saint Bède, sainte Hilda, saint Aelred, et du bienheureux Jean Duns Scot. «John Henry représente cette tradition d’élégante érudition, de profonde sagesse humaine et d’ardent amour du Seigneur», relevait Benoît XVI, faisant aussi allusion à la devise du cardinal: Cor ad cor loquitur, «le cœur parle au cœur». Une phrase d’ailleurs gravée sur le mémorial érigé en son honneur à Edgbaston.   

Benoît XVI, particulièrement frappé des intuitions éducatives du cardinal sur Newman, soulignait: «Son approche de l’éducation qui soit ample en ses fondements et ouverte à de larges perspectives ne furent pas seulement d’une importance capitale pour l’Angleterre de l’époque victorienne, mais elles continuent à inspirer et à éclairer bien des personnes de par le monde. Je voudrais rendre un hommage particulier à sa conception de l’éducation, qui a eu une grande influence pour former l’éthos, force motrice qui soutient les écoles et les collèges catholiques d’aujourd’hui. (The Present position of Catholics in England, IX, 390).»

Le père Keith Beaumont, prêtre de l'Oratoire, est président d’honneur de l’Association francophone des Amis de John Henry Newman, auteur de plusieurs livres sur ce dernier et d’éditions critiques de ses œuvres. Il répond aux questions d'Olivier Bonnel. 

Entretien avec le p. Keih Beaumont, spécialiste du cardinal J.H. Newman

 

14 février 2019, 17:25