Des manifestatnts protestent contre la demande d'asile d'Alan Garcia à l'Uruguay Des manifestatnts protestent contre la demande d'asile d'Alan Garcia à l'Uruguay 

Pérou: les évêques dénoncent une corruption enracinée dans les institutions

Les évêques du Pérou dénoncent avec fermeté la crise qui étreint leur pays et la corruption qui y est enracinée.

Manuella Affejee (avec SIR)- Cité du Vatican

Cette note, émise par la présidence de la conférence épiscopale péruvienne, dresse un sombre tableau de la situation du pays andin, «conséquence de la détérioration des valeurs éthiques, du silence complice, de l’aveuglement politique, du primat inacceptable des intérêts personnels au détriment du bien commun». Cette prise de position forte des évêques intervient au lendemain d’un énième scandale touchant un politique de premier plan : rien de moins que l’ancien président Alan Garcia, soupçonné de tremper dans l’affaire Odebrecht, le géant brésilien des travaux publics embourbé dans d’obscures histoires de corruption aux multiples ramifications. Garcia, interdit de quitter le territoire par un tribunal de Lima le temps de l’enquête, s’est réfugié à l’ambassade d’Uruguay pour y demander asile.

Des institutions gangrenées par la corruption

Garcia rejoint ainsi une liste guère reluisante où figurent d’autres noms connus : Alejandro Toledo, Hollanda Humala et Pedro Pablo Kuczynski… tous d’anciens présidents du pays  et mis en cause dans des affaires de corruption. Sans parler d’Alberto Fujimori qui purge une peine de prison pour crimes de guerre, et dont la fille, Keika, a été arrêtée le mois dernier.

Ces affaires jettent une lumière crue sur la corruption profondément ancrée dans les institutions, impliquant politiques de tous bords et à différents niveaux, local, régional et national. «Cela n’aurait jamais dû arriver, déplorent les évêques, et l’on n’aurait jamais dû permettre que cette situation empire». Cet état de fait, qui discrédite considérablement l’autorité de l’Etat, a provoqué parmi la population indignation, condamnation, défiance et une soif profonde de justice. «Nous Péruviens, nous voulons une société qui se nourrisse du respect inconditionnel des principes démocratiques et de l’ordre constitutionnel, lesquels doivent garantir le bien commun et le développement intégral de tous les Péruviens», peut-on lire dans cette même note.

Référendum du 9 décembre

La lutte contre «le fléau» de la corruption ne doit souffrir aucun compromis, aucun retard ; tout doit tendre vers la reconstruction et la stabilisation des institutions étatiques, profondément ébranlées, la garantie de l’Etat de droit et d’un système judiciaire «honnête et intègre», préconisent les évêques alors même que le Pérou se prépare au référendum du 9 décembre prochain sur d’importantes réformes constitutionnelles. Celles-ci portent sur 4 points : l’introduction du bicamérisme, le contrôle accru des financements privés des partis politiques, la non-réélection des parlementaires, et la réforme du système judiciaire. Cette consultation populaire est, de l’avis de la présidence de la conférence épiscopale, un «moment historique et décisif».

Poser les bases solides du pays, -en prenant appui sur la conscience morale de la population, les valeurs humaines et chrétiennes, l’écoute des jeunes générations-, constitue, pour les évêques un «impératif moral». «Il est urgent de travailler à une recomposition de la classe politique», de renforcer l’indépendance des pouvoirs de l’Etat, tout en ne perdant jamais de vue cette question fondamentale : «quel Pérou voulons-nous laisser ? »

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23 novembre 2018, 16:27