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Le bienheureux Tiburzio Arnais Munoz Le bienheureux Tiburzio Arnais Munoz 

Béatification du jésuite espagnol Tiburcio Arnaiz Muñoz

Un prêtre amoureux fou du Seigneur : c’est ainsi que les personnes ayant diffusé sa réputation de sainteté décrivent le père Tiburcio Arnaiz Muñoz. La cérémonie de béatification a lieu ce samedi 20 octobre à Malaga. Elle est présidée par le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour la cause des saints.

Roberta Barbi – Cité du Vatican

«Plus je fais des exercices spirituels, plus j’ai peur car plus je vois la dignité sacerdotale, et plus mon indignité me paraît claire. Mais à chaque fois je sens ma vocation plus forte…». Voilà ce qu’écrivait le père Tiburcio Arnaiz Muñoz à ses proches lors de la retraite précédant son ordination sacerdotale, dans sa ville natale de Valladolid, le 20 avril 1890. Un prêtre débordant de charité, qui fut d’abord un homme plein de talents et doté d’une très forte volonté… et qui fait un beau jour la rencontre de sa vie : le Sacré Cœur de Jésus.

Le sacerdoce : un appel irrésistible

Le jeune Tiburcio, orphelin de père à l’âge de 5 ans, était d’un milieu pauvre. Sa mère faisait bien des efforts pour s’occuper de lui et de sa sœur Gregoria. À 13 ans, Tiburcio parvient à réaliser son rêve : étudier au séminaire. Mais rapidement, il ne peut le fréquenter qu’en tant qu’étudiant «externe», car il doit aider sa famille en travaillant comme sacristain au couvent des Dominicaines, où sa sœur devient religieuse. Une famille pauvre en moyens, mais riche de spiritualité, de dévotion et de prière. Chez le jeune curé Tiburcio, on entrevoit déjà le zèle fervent et la soif du Seigneur. Après avoir obtenu un doctorat de Théologie à Tolède en 1896, il décide que le cœur de Jésus doit être le centre de sa vie et entreprend de rentrer dans la Compagnie de Jésus : «J’aime tellement mes paroissiens que je ne les échangerais pas pour une mitre ; seule la voix de Dieu a le pouvoir de me tirer hors de ma paroisse», déclare-t-il.

Devenir jésuite, une vie pleine et comblée

En 1902, don Tiburcio rentre au séminaire de la Compagnie de Jésus à Grenade. «Je ne demanderai jamais rien et je serai content de ce que l’on me donnera ; je ne refuserai jamais aucun travail, je ne recourrai jamais à aucun prétexte…» : c’est par ces bonnes résolutions que le jeune prêtre commence son nouveau chemin. Il est immédiatement envahi d’une telle charité qu’il ne peut pas ne pas la manifester. Il enseigne aux pauvres à lire et à écrire, pour qu’ils puissent apprendre des éléments de culture générale, mais plus encore les notions de base de la foi, c’est-à-dire que Dieu nous aime au point de donner Sa vie pour nous. Celui qui est désormais le père Tiburcio commence alors à ne pas s’économiser lorsqu’il s’agit de soulager les souffrances et l’ignorance, aussi bien dans les maisons que dans les hôpitaux, en "touchant" et en consolant beaucoup de cœurs brisés, jusque dans les prisons.

Corralones et Doctrinas Rurales

Dans le but de faire connaître toujours plus l’amour de Jésus, spécialement à Malaga où il a vécu de nombreuses années, le père Tiburcio donne le meilleur de lui-même. Il réalise différentes écoles et ateliers pour les plus pauvres qui habitaient les corralones (habitat typique de Malaga), aux périphéries de la ville, là où l’Église n’avait jamais pénétré et où les prêtres étaient accueillis par des lancers de rats morts. Suite à son œuvre missionnaire, il se spécialise dans la prédication de la Parole de Dieu et dans les exercices spirituels qu’il propose aussi aux pauvres et aux analphabètes : ainsi naît la démarche originale des doctrinas rurales. En peu de temps, ses rendez-vous deviennent fameux et sa voix l’une des plus aimées des nécessiteux. On dit aussi qu’il dort et mange très peu, désireux qu’il est de donner tout son temps au Seigneur, qu’il sert aussi par la confession et la prière personnelle pratiquée jusque tard dans la nuit. Un témoignage puissant et inlassable, fait de paroles mais également de pénitences et de sacrifices.

L’oubli de soi : une mort en odeur de sainteté

«Dieu prendra soin de mon corps tant que je vivrai en croyant en Lui» répondait le père Tiburcio à ceux qui s’inquiétaient en le voyant toujours plus maigre et sa soutane toujours plus râpée. Une confiance et un abandon total qui finissent par altérer sa santé de manière irrémédiable : alors qu’il prêche la neuvaine au Sacré Cœur de Jésus, il contracte une infection pulmonaire. Son corps déjà fatigué, soumis à de continuelles épreuves, finit par céder. Il meurt en l’espace de peu de jours, le 18 juillet 1926, en murmurant : «Qu’il est beau, le Cœur de Jésus». La douleur éprouvée par tous ceux qui l’avaient connu est alors très grande : son corps est exposé trois jours à la vénération des paroissiens, déjà grande. Puis son cercueil est porté en procession à travers les rues de la ville, celles-là même qu’il avait tant parcourues pour la procession du Sacré Cœur de Jésus. Les honneurs que lui réservent pauvres et riches sont très grands, et une foule innombrable participe à ses funérailles. L’évêque de Malaga, au cours de son homélie définit alors le père Tiburcio comme un «fou de Jésus» qui, même s’il laisse sa ville orpheline, continue de la guider et de la protéger depuis les cieux.

L'hommage du Pape François

Au terme de la prière de l’Angélus ce dimanche, le Pape François a «rendu grâce au Seigneur pour le témoignage de ce ministre zélé de la Réconciliation et infatigable annonciateur du l’Évangile, surtout parmi les humbles et les oubliés. Que son exemple nous pousse à être des opérateurs de miséricorde et des missionnaires courageux dans tous les milieux, que son intercession soutienne notre chemin», a ajouté le Saint-Père, avant de faire applaudir le nouveau bienheureux par la foule rassemblée sur la Place Saint-Pierre.

20 octobre 2018, 12:17