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Mgr Cesare Nosiglia célébrant le 7 avril 2018 les obsèques de Beauty, une femme enceinte originaire du Nigéria et retrouvée morte après avoir été refoulée par les gendarmes à la frontière franco-italienne. Mgr Cesare Nosiglia célébrant le 7 avril 2018 les obsèques de Beauty, une femme enceinte originaire du Nigéria et retrouvée morte après avoir été refoulée par les gendarmes à la frontière franco-italienne.  (ANSA)

L'archevêque de Turin rend hommage aux migrants défunts

Mercredi après-midi, dans l’église des saints martyrs de Turin, l’archevêque de la ville, Mgr Cesare Nosiglia, a présidé la veillée de prière “Mourir d’espérance”, en mémoire de ceux qui ont perdu la vie dans des voyages vers l’Europe. Le prélat a condamné les croyants qui montrent de l’indifférence, des préjugés et de l’hostilité envers les migrants.

Roberto Piermarini – Cité du Vatican

«Dans la Méditerranée, que les Romains appelaient “Mare nostrum”, “notre mer”, qui unissait l’Europe à l’Afrique et à l’Orient, se renouvelle le massacre des innocents, a déclaré l’archevêque de Turin. Malheureusement, l’immigration vers notre pays, qui a explosé dans des temps et des modalités toujours plus intenses, a suscité pour beaucoup, aussi des croyants, de sérieuses difficultés pour l’acceptation de l’accueil serein et positif qui devrait être justement celle d’un peuple, comme le nôtre, qui a rempli le monde d’émigrants.» «L’accueil, qui comprend évidemment aussi le sauvetage en mer des immigrés, dans des bateaux souvent vétustes, représente un pas nécessaire, qui devrait être à la base de notre rapport avec chaque personne qui demande de l’aide, qu’elle soit italienne comme étrangère.»

Appeler à la responsabilité des autres États européens ne peut pas devenir un alibi pour nous fermer

L’archevêque a ensuite reconnu qu’il était «juste et de notre devoir» d’appeler «à la responsabilité des autres États européens pour affronter ensemble le problème de l’immigration, en forte croissance». Mais il est conscient que «cela ne peut pas devenir un alibi pour nous fermer et abandonner à leur destin ceux qui rejoignent nos mers, après de longues et douloureuses expériences de guerre ou de pauvreté extrême, parmi lesquels aussi des mineurs et des femmes sans défense, qui ont dû subir des violences en tout genre».

L’intégration des migrants peut faire grandir le bien commun dans la société entière

«L’accueil des sans domicile, de ceux qui ont perdu la maison et le travail et des immigrés et réfugiés ne suffit pas à leur garantir une vie sereine et digne. Il faut procéder ensuite avec l’accompagnement, l’intégration, la formation, le partage des valeurs culturelles, religieuses et sociales», a souligné Mgr Nosiglia, en indiquant «les pas nécessaires pour garantir à chacun cette autonomie qui permet non seulement de définir sa propre vie pour le futur, mais de contribuer avec son propre apport à la croissance pour le bien commun de la société entière. Ainsi, de nombreux frères et sœurs pauvres ou immigrés peuvent représenter aussi une ressource pour la communauté civile», a ajouté le prélat.

Le Peuple de Dieu et la communauté civile sont apathiques dans l’accueil des migrants

«Alors qu’il y a une large chaine de volontaires et de réalités laïques et religieuses qui s’impliquent avec les problèmes de la pauvreté et des besoins, que ce soit ceux des Italiens ou ceux des étrangers, le peuple de Dieu et la communauté civile restent souvent apathiques et semblent subir la situation sans réagir, en montrant de l’indifférence, des préjugés et de l’hostilité». Il a donc exprimé une invitation à œuvrer «en faveur de nos frères et sœurs en difficulté, aussi dans le domaine éducatif et la formation, dans le domaine culturel et social, outre le domaine religieux». Son objectif est de «soutenir les raisons de l’accueil dans la mentalité, dans le style et dans les choix de vie de chaque membre de la communauté». Il a ainsi invité à ce que les musulmans et les chrétiens travaillent ensemble pour affronter ces défis dans une logique de justice et de solidarité.

L’hommage aux morts de la mer Méditerranée

La Communauté de Sant’Egidio, la Fondation Migrantes (qui dépend de la conférence épiscopale italienne) et la Fédération des Églises évangéliques se sont associées à cette veillée. Durant la prière ont été rappelés les noms de ceux qui ont entrepris le voyage de l’espérance  et qui sont morts durant ces derniers mois en tentant d’arriver en Europe.

Depuis 1990, rappelle la Communauté de Sant’Egidio, plus de 36 000 personnes sont mortes le long des frontières de l’Europe. En 2017 ont été recensées 3139 victimes, et plus de 1000 personnes encore au premier semestre 2018. Ces chiffres des morts en mer ne tiennent pas compte de ceux qui sont morts en tentant de traverser le désert, dont le recensement est impossible, ni de ceux qui ont perdu la vie une fois arrivés en Europe, victimes de la criminalité ou ayant succombé à leurs mauvaises conditions de santé. Tenter de retrouver les noms de ceux qui se sont perdu dans les abysses «n’est pas seulement un geste de pitié humaine ou chrétienne, mais une interrogation personnelle, d’une certaine façon, une rencontre directe avec des souffrances inhumaines que nous n’imaginons même pas».

19 juillet 2018, 17:10