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Emmanuel Macron s'exprimera au Collège des Bernardins lors d'un événement inédit organisé par la Conférence des évêques de France (CEF), le 9 avril à Paris. Emmanuel Macron s'exprimera au Collège des Bernardins lors d'un événement inédit organisé par la Conférence des évêques de France (CEF), le 9 avril à Paris.  (ANSA)

Emmanuel Macron et les catholiques, la promesse d’une affinité renouvelée ?

Depuis son investiture à la tête de l’État le 14 mai 2017, Emmanuel Macron ne s’est adressé publiquement et directement aux catholiques français qu’une seule fois: lors de l’hommage national au père Jacques Hamel, le 26 juillet de la même année. Signe de rapports plus pacifiés entre Église et État, il s’apprête à renouveler l’exercice dans de toutes autres circonstances à l’occasion de la soirée inédite organisée par la Conférence des évêques de France au Collège des Bernardins, le 9 avril à Paris.

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Les relations entre l’électorat catholique et le fondateur du Mouvement En Marche! continuent d'interroger. Si Emmanuel Macron avait séduit nombre de catholiques lors de la campagne présidentielle, il en avait divisé également beaucoup. Le silence de la Conférence des évêques de France durant l’entre-deux tours en était une preuve assez éloquente.

Au fil des mois, au fil des réformes et des discours, une forme de curiosité s’est installée à l’égard de ce président, dont le discours à l’égard des religions est résolument en rupture avec ceux des quinquennats précédents.

L’hommage à Jacques Hamel empreint de valeurs chrétiennes

Le discours en hommage au père Jacques Hamel prononcé à Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet dernier est un cas d’école en la matière. Pour la première fois, un chef d’État empruntait à ce point au vocabulaire spirituel et pastoral: «espérance», «don de soi», «amour», «culture de mort» furent des termes tour à tour employés.  Sans prononcer une fois le mot de laïcité, Emmanuel Macron avait aussi évoqué «la vie d’autrui» comme une part de «sacré» non négociable «au cœur de nos lois et de nos codes forgés par l’Histoire». Ce discours étonnant fut perçu comme un tournant relativement positif pour les relations entre Église et État.

Penser le milieu

Sa philosophie du juste milieu – celle du «en même temps»,  héritière de la pensée de son «complice intellectuel» Paul Ricœur – l’a également aidé à apaiser les relations fortement éprouvées entre les catholiques et la République lors du précédent quinquennat. Emmanuel Macron clame ainsi partout sa volonté d’écouter toutes les parties. Les sujets sensibles pour l’Église comme la fin de vie ou l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules sont les premiers concernés en cette année des États généraux de la bioéthique. «J’ai, sur certains de ces sujets, pris des engagements durant la campagne présidentielle. J’ai aussi pris des engagements de méthode et je ne souhaite pas que la société française se divise », avait-t-il par exemple déclaré lors de la célébration des 500 ans de la Réforme en septembre dernier, ajoutant «attendre beaucoup du dialogue entre les religions comme du dialogue avec les différentes philosophies pour éclairer ce débat, pour le faire vivre». 

Une verticalité assumée

Les concepts de transcendance et de verticalité, racines du catholicisme, sont par ailleurs plutôt présents dans la rhétorique macronienne; inhabituel pour un chef d’État français, enclin à demeurer dans une certaine rationalité républicaine. Lors de l’hommage à l’écrivain Jean d’Ormesson en la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris, Emmanuel Macron n’hésite donc pas à se référer à «l’âme» de l’académicien qui ne cessait «d’embrasser le monde avec une ferveur mystique», débusquant un Dieu «au fond si mal caché».  

Dans son discours-fleuve sur l’intelligence artificielle prononcé au Collège de France il y a une semaine, il évoquait le caractère prométhéen de cet outil technologique, se référant «au calcul de Dieu» du philosophe allemand Leibniz.  

Assumant sa «quête de transcendance», Emmanuel Macron semble aussi donner crédit à une dimension mystique de la politique. Dans une interview accordée au JDD le 12 février 2017,  il déclarait clairement ne pas séparer «Dieu du reste»: «Je fais le lien entre la transcendance et l'immanence. Comment se construit le pouvoir charismatique ? J'ai toujours assumé la dimension de verticalité, mais, en même temps, elle doit s'ancrer dans de l'immanence complète de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée.»  

Des accointances avec le Pape François

Ce président qui confère à son langage et à son analyse politique une dimension spirituelle avait d’ailleurs avoué lors des vœux aux autorités religieuses le 4 janvier dernier, considérer le Pape François comme une figure inspirante.

À cette occasion, Emmanuel Macron avait signifié à Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique en France et doyen du corps diplomatique introduisant les vœux, combien il admirait l’action «courageuse du Saint-Père qu’il s’agisse de son voyage récent en Birmanie, de son action en faveur des migrants ou de son plaidoyer pour le climat et la planète».

Autant d’éléments qui cristallisent les attentes autour de ce nouveau discours aux catholiques de France qu’Emmanuel Macron prononcera sous les voûtes pluriséculaires du Collège des Bernardins, ce 9 avril.

09 avril 2018, 17:42