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Un jeune garçon dans l'église de Birao, au nord de la République centrafricaine, le 20 décembre 2017. Un jeune garçon dans l'église de Birao, au nord de la République centrafricaine, le 20 décembre 2017.  (AFP or licensors)

Les messages des évêques africains pour Noël

Dans leur traditionnel vœux de Noël, les évêques ont cette année mis l’accent sur le sort des migrants et sur les troubles politiques et sécuritaires qui traversent nombre de leur pays.

Joris Bolomey - Cité du Vatican

Au Togo, Mgr Nicodème Barrigah, évêque de Kpalimé, président de la Commission Vérité Justice et Réconciliation, s’interroge sur la nécessité de faire des vœux car «nous avons formulé des souhaits de paix à notre pays et nous sommes encore en crise» selon le site internet Togotopinfos.com. Mais s'il reconnaît que «les vœux, tout seuls, ne changeront pas notre situation», c’est par l’affirmative qu’il répond en rappelant qu’ils «sont une exhortation, un appel à une attitude plus positive face à la vie. En effet, souhaiter la paix à une personne, c’est l’exhorter à la chercher et à la construire».

La situation des migrants des plus préoccupante

Au Sénégal, Mgr Benjamin Ndiaye, archevêque de Dakar a dénoncé le sort de la jeunesse du continent tentée par l’immigration. Selon lui la venue du Christ parmi les Hommes peut faire penser aux migrations d’aujourd’hui. «Surtout que ces derniers temps, le sort cruel de migrants africains en Libye, dont certains sont même vendus et réduits en esclavage, a défrayé la chronique. Ces événements nous concernent directement, vu le nombre de jeunes sénégalais toujours attirés par l’aventure de cette migration illégale, malgré les multiples dangers du parcours», a déploré Mgr Ndiaye, cité par le quotidien sénégalais Le Soleil. Il a ajouté que «ces faits témoignent d’un mal-être de notre jeunesse et d’une désespérance réelle liés à la précarité et à la pauvreté». Face aux risques encourus par les jeunes, Mgr Benjamin Ndiaye a invité les différentes composantes de la société, des autorités étatiques aux familles, en passant par les partis politiques et les chefs religieux, à travailler ensemble pour «redonner confiance à notre jeunesse, à enraciner dans les esprits et les comportements les bases d’une véritable conscience citoyenne et à œuvrer à la promotion des droits et de la justice pour le règne de la paix dans les cœurs pour des relations humaines plus fraternelles».

Sur l’Île Maurice, la problématique migratoire était également présente dans le message de Noël du cardinal Maurice Piat, archevêque de Port-Louis. «Ces centaines de milliers de personnes humaines qui quittent leurs maisons, leurs proches, la mort dans l’âme, deviennent chaque jour les victimes de la rapacité des passeurs et des marchands d’esclaves modernes, ils s’exposent aux dangers d’océans déchaînés, et de frontières de barbelés acérés, avec pour seule force, pour seule énergie, leur rêve d’une vie meilleure ou d’une simple survie» écrit l’archevêque de Port-Louis. Un fléau qu’il oppose à «l’impuissance de plus en plus étalée des pays nantis qui s’épuisent en rencontres et conférences internationales dans la vaine recherche de moyens technocratiques et politiques pour endiguer ces flots migratoires qui semblent menacer leur sécurité et leur mode de vie. Cette confrontation quotidienne nous fait toucher du doigt le vertige dans lequel plonge notre humanité en quête du bonheur. Car ce modèle de vie qui attire et fascine les plus démunis de la planète et que les nantis s’efforcent de protéger contre leurs invasions, semble lui-même bâti sur les sables mouvants du rêve d’une croissance économique sans limite dans un monde limité, une croissance qui, à son tour, engendre une consommation toujours plus dévorante et plus futile. Ce type de capitalisme ultra-libéral met en danger l’équilibre écologique de la planète et l’avenir même des populations entières» prévient le cardinal Maurice Piat. 

De nombreux troubles sécuritaires

Au Burkina Faso, dans une vidéo, mise en ligne par le site d’information burkinabé lefaso.net, le cardinal Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou, est revenue sur la situation du pays, touché par des «débordements dans les rapports entre citoyens» et une «grave montée de la violence et d’actes terroristes et inciviques» qui ont marqué dans le pays l’année 2017. L’archevêque métropolitain exhorte chaque burkinabé à dire «halte à la culture de la violence et à l’incivisme sous toutes ses formes». Il invite les fidèles à imiter les bergers de Bethléem dans leur bienveillance pour «tous ceux à qui, la société semble refuser une place et une intégration».

Appel à la bienveillance en Centrafrique également. Le cardinal Dieudonné Nzapalainga a, dans un message cité par Le Journal de Bangui, exhorté toutes les familles du pays à s’impliquer dans le processus de paix. «Cette célébration commence une nouvelle ère a lancé le cardinal. Celle de l’histoire de notre rédemption ainsi que pour la paix. Frères et sœurs, nous devons associer nos efforts pour faire advenir la paix dans nos sociétés», a-t-il insisté.

Au Mali, le cardinal Jean Zerbo, archevêque de Bamako, a appelé ses concitoyens à s’interroger sur la situation de la famille malienne, selon le site cath.ch, en demandant que chacun fasse de son appartenance religieuse «un tremplin pour nous engager dans la recherche de la construction de la paix au Mali, à travers l’institution famille».

 

Au Cameroun, dans la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga a dit «non à la guerre et aux conflits». Le contexte sécuritaire dans le pays est préoccupant entre la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram et les revendications des sécessionniste des régions anglophones, eux aussi qualifiées de «terroristes» par le pouvoir. «Nos préoccupations doivent être construites dans la réalité de nos vies, des regroupements de fraternité et d’amitié, dépassant ainsi le replis identitaire, toute division et toute discrimination» a insisté Mgr Jean Mbarga, dans un message repris par le télévision officielle CRTV.

De dangereux glissements politiques

En République démocratique du Congo (RDC), l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, a exhorté les catholiques à dénoncer «les actions et les projets contraires à la paix de la nation et des personnes qui la composent».La fête de Noël en RDC intervient alors que les cloches des églises tintent depuis deux semaines chaque jeudi à 21 heures pour exiger le respect du calendrier électoral, et cela, précise l’Agence de presse africaine, jusqu’à l’organisation des élections prévues le dimanche 23 décembre 2018. Dans ce contexte tendu, le cardinal-archevêque de Kinshasa, appelé les responsables politiques à se mettre au service du peuple. «La grandeur de l’homme se situe non dans les astuces politiques pour la conquête du pouvoir, mais dans la mesure où cette sagesse politique est mise au service du peuple, pour le projet de Dieu, pour un peuple et pour un pays» a rappelé le cardinal congolais, cité par Radio Okapi. Et d’insister «s’il y a une chose importante que tout le monde, aujourd’hui, doit avoir, dans une nation et partout dans le monde, c’est la paix. La célébration de la nativité, c’est la célébration de la paix».

Même son de cloche en Ouganda, où les députés ont voté la semaine dernière la fin de la limitte d’age à 75 ans pour les élection présidentielle, ouvrant ainsi la voie au président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, à sa réelection pour les deux prochains mandats. L’évêque anglican de Namirembe, Wilberforce Kityo Luwalira, a exhorté le gouvernement et les parlementaires à faire davantage preuve de détermination dans la lutte contre la corruption, l’accaparement des terres et les violences domestiques. «Récemment, nous avons entendu parler de femmes assassinées dans la région d'Entebbe, des gens coupés comme des arbres à Masaka et des conclusions troublantes de la commission foncière a relaté l’évêque. Les Ougandais vivent dans la peur donc on se demande quand seront-ils traités comme la question de la limite d'âge a été traitée», à insisté l’éveque devant les applaudissements des croyants, selon le site d’information ougandais Newvision.

27 décembre 2017, 15:44