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Cardinal Fridolin Ambongo, Archevêque métropolitain de Kinshasa/RDC Cardinal Fridolin Ambongo, Archevêque métropolitain de Kinshasa/RDC  (ANSA)

Cardinal Ambongo : « un sentiment de joie et d’un peu de crainte pour ma nomination au Conseil des cardinaux »

L’archevêque métropolitain de Kinshasa, en République démocratique du Congo, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, nommé récemment par le Pape François au Conseil des Cardinaux, réagit à sa nomination au sein de ce Conseil. Entretien.

Jean-Pierre Bodjoko, SJ* – Cité du Vatican

Le Cardinal Ambongo donne aussi son opinion sur la nouvelle encyclique du Pape « Fratelli tutti » et s’exprime sur les questions abordées lors des dernières réunions de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), sans oublier la problématique des enseignants dans les écoles conventionnées catholiques dans son archidiocèse.

Une année après votre cardinalat, vous venez d’être nommé au Conseil des Cardinaux, qui aide le Pape dans la réforme et le gouvernement de l’Eglise universelle. Quelles sont vos impressions ?

Je suis plutôt surpris par cette grande nouvelle qui m’est tombée sur la tête. Ma première réaction a d’abord été de mesurer la gravité de cette information, par rapport à ma modeste personne et tenant compte de mes limites humaines que je connais. C’est un sentiment à la fois de joie et d’un peu de crainte, parce que, depuis ma nomination, je n’ai encore participé à aucune réunion du collège cardinalice. Et je me retrouve maintenant à ce poste. J’ai donc conscience de cette responsabilité qui sera désormais la mienne. Par rapport à mon peuple, j’ai accueilli cette nomination avec un sentiment de fierté, de beaucoup de joie et d’honneur. Cette nomination démontre que le Pape a un regard bienveillant vis-à-vis de mon pays le Congo et vis-à-vis de mon peuple.

Vous êtes Franciscain (Capucin), et le Pape, qui a un grand amour pour Saint François d’Assise, vient de publier la nouvelle encyclique « Fratelli tutti ». Comment avez-vous reçu cette encyclique ? 

Nous avons reçu cette encyclique avec beaucoup d’exultation. Le même jour où le Pape était à Assise, il a signé l’encyclique « Fratelli tutti ». Toute la famille franciscaine de l’archidiocèse de Kinshasa était réunie chez les Capucins, pour la solennité de Saint François. Et nous étions vraiment en communion avec le Pape. Quand nous avons reçu le texte de l’encyclique, que nous avons lu, nous avons été très heureux que le charisme franciscain soit maintenant érigé par le Pape François en modèle, et même en modèle de gouvernement, au niveau de l’Eglise universelle. Nous en sommes très fiers.

Dans son encyclique, le Pape met en exergue cette dimension de la fraternité humaine. Cela caractérise-t-il aussi les Franciscains ? Qu’en pensez-vous pour votre pays ?  

François d’Assise est celui qui a voulu, qui a enseigné et qui s’est battu pour créer une fraternité universelle. Dans le contexte de notre pays, dans la sous-région des grands lacs, particulièrement au Congo, où existent beaucoup de tensions entre les communautés, généralement attisées par des politiciens en mal de positionnement ou par des prédateurs en quête de ressources minières, ce message tombe à propos et va nous aider pour une pastorale de réconciliation et de fraternité vraie entre les fils et les filles du Congo.

Le premier chapitre de l’encyclique parle d’ombres qui empêchent une vraie fraternité. Ce que vous évoquez sont donc des ombres qui empêchent la vraie fraternité humaine dans votre pays, la République démocratique du Congo ?

Il existe beaucoup d’ombres chez nous. Parmi les principaux figurent l’esprit de prédation qui fait que les ressources naturelles du Congo sont devenues causes de ses malheurs. Il faut ajouter à cela la cupidité de la classe politique congolaise qui joue le jeu de ces prédateurs internationaux. Et, devant cette coalition de prédateurs des ressources naturelles et une classe politique avide de bien matériel et de richesses, le peuple est complètement mis hors-jeu. Et c’est contre cette situation que nous devons nous engager, prêcher l’évangile et enseigner l’esprit de « Fratelli tutti ».

Vous avez dernièrement organisé la conférence épiscopale de votre pays, avec, d’abord, une réunion du comité permanent, suivie de l’assemblée plénière de la conférence épiscopale. Quels ont été les points saillants de ces deux rencontres ?

Ce sont deux rencontres statutaires qui auraient dû avoir lieu au mois de juin. Mais, à cause du confinement, en cette période coronavirus, nous avions reporté la réunion. Cette dernière nous permet de faire le point sur la situation socio-pastorale du pays. Et cette analyse s’est terminée par un message, que nous avons adressé à notre peuple. Nous avons reçu les différents rapports des commissions épiscopales et nous avons préparé des documents sur certaines questions pastorales que nous allons publier et mettre à la disposition de notre pastorale d’ensemble, notamment une catéchèse inculturée pour le Congo ou encore un manuel sur la catéchèse de mariage. Nous avons aussi réfléchi sur l’ordinariat militaire au Congo. Jusque-là, nous fonctionnons encore avec ce qu’on appelait « vicariat aux armées ». Mais, le Congo est grand, avec une forte présence des catholiques dans l’armée. Nous devons travailler et envoyer une demande au Saint-Siège pour que le vicariat aux armées soit érigé en ordinariat aux armées. Nous avons également abordé d’autres questions relatives aux écoles, à la Caritas, aux maisons de formation, aux séminaires, à la vie des prêtres, à la vie consacrée, etc.

Il y a également eu un renouvellement de mandats de responsabilités au sein de la conférence épiscopale, puisque vous en étiez le vice-président il y a encore quelque temps ? 

Le mandat s’est terminé après quatre ans. Nous avons renouvelé les mandats du président de la CENCO, de tous les présidents des commissions ainsi que des membres du Conseil d’administration de l’université catholique du Congo.

Donc, vous n’êtres plus vice-président de la CENCO ?

J’ai terminé mon mandat et, normalement, on aurait dû également le renouveler. Mais, avec ma nouvelle charge actuelle au Saint-Siège, il n’était plus possible que je sois disponible pour assurer ce rôle. J’ai demandé à être déchargé et un autre évêque a été élu à ce poste de vice-président de la CENCO.

Dernièrement, vous avez été « incompris », si je peux utiliser ce terme, à la suite de votre rappel que les enseignants des écoles conventionnées catholiques, surtout au niveau primaire, doivent être catholiques. Pourtant, cela fait partie de la convention signée entre l’Eglise et l’Etat en RDC ?

Toutes ces réactions dénotent clairement du fait de comment on arrive à tout mélanger au Congo. Ça donne l’impression que nous sommes tombés dans une sorte de médiocrité, où on veut tout ramener au plus petit commun dénominateur. Le point de départ de notre prise de position est une convention avec l’Etat depuis 1977, à travers ce que l’on appelle les écoles conventionnées catholiques. Toutes les écoles de l’Etat au Congo sont publiques. Mais, il y en a qui sont conventionnées catholiques, protestantes, kimbanguistes, etc. Il y a aussi des écoles qui sont gérées directement par l’Etat. Nous devons apprendre à prendre au sérieux les parents des élèves. Quand un parent décide d’envoyer son enfant dans une école conventionnée catholique, c’est parce que ce parent a réfléchi, a évalué et est arrivé à la conclusion selon laquelle il veut que son enfant soit éduqué selon les valeurs de telle ou telle convention. S’il envoie son enfant chez nous les catholiques, c’est parce qu’il veut que son enfant soit éduqué conformément aux valeurs catholiques. L’enfant qui étudie dans nos écoles catholiques et qui est formé par un musulman, un protestant ou quelqu’un issu des églises de réveil, aura-t-il, au sortir de l’école, les valeurs catholiques auxquelles les parents ont cru et pour lesquelles ils ont envoyé leurs enfants chez nous ? Si nous nous comportons de cette manière, c’est que nous avons failli devant les parents qui ont cru aux valeurs catholiques. C’est pourquoi, nous avons levé l’option qu’à l’école primaire, où l’enseignant est aussi catéchète, que ce dernier soit aussi de confession catholique, parce qu’un enseignant de l’école primaire enseigne toutes les matières y compris la religion. Je ne sais pas qui accepterait que le cours de religion, dans l’église catholique, soit enseigné par un musulman, par exemple. C’est le bons sens. Et nous sommes vraiment déterminés sur cette question. Nous allons tenir à notre identité catholique. Mais, cela ne veut pas dire que nous ne voulons pas des autres. Nous sommes des catholiques et nous voulons être des catholiques. Que les protestants soient des protestants et que les musulmans soient des musulmans. Nous allons collaborer avec eux. Mais, chacun doit garder son identité. C’est question de savoir ce que nous voulons. Ou nous sommes des catholiques, ou nous ne le sommes pas. Et, si nous sommes des catholiques, nous devons aussi éduquer conformément aux valeurs auxquelles les catholiques croient. C’est une question de responsabilité vis-à-vis des parents d’élèves. Il serait inacceptable et irresponsable de notre part qu’un parent envoie son enfant chez nous et que cet enfant parte de chez nous avec des valeurs qui ne sont pas catholiques.

Un mot de la fin, notamment à propos de votre nomination comme membre du Conseil des Cardinaux ?

Tout ce que je peux dire aujourd’hui, au regard de mes limites et de ma petitesse, comparées à la grandeur et à la noblesse de la tâche qui m’est confiée désormais, est de demander aux uns et aux autres de prier pour moi et de ne jamais se fatiguer de prier pour moi. Fort de ces prières et avec l’aide de la Vierge Marie, je saurais donner le meilleur de moi-même.

*Twitter : @JPBodjoko E-mail : jeanpierre.bodjoko@spc.va

Le Cardinal Ambongo au micro de Jean-Pierre Bodjoko, SJ
16 octobre 2020, 21:32