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Mgr Bruno Essoh Yedoh, évêque de  Bondoukou en Côte d’Ivoir (Dmitry Kalinovsky)

Méditation du 32ème dimanche du temps ordinaire: Foi et Résurrection

Le Père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation avec les textes liturgiques du 32ème dimanche du temps ordinaire

La foi en la résurrection est au cœur de notre vie chrétienne. Nous ne savons pas la définir, mais nous en faisons la découverte tout au long de notre vie, jusqu’à notre dernier souffle. C’est là ce que la liturgie de ce dimanche nous permet d’approfondir.
La première lecture est tirée du deuxième livre des Martyrs d’Israël. Sept jeunes sont emprisonnés car ils refusent de violer la Loi, comme le leur demande le roi Antiochus, en mangeant du porc, c’est-à-dire une viande interdite. Encouragés par leur mère, ils défient le roi, résistent jusqu’à la mort, et l’un d’eux dit au roi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes quand on attend la résurrection promise par Dieu ». Le deuxième livre des Martyrs d’Israël décrit une situation extrême, et on pourrait penser qu’elle appartient à une autre époque. Ce serait une erreur. Il y a quelques années, un chrétien m’a raconté ce qui lui était arrivé peu de temps auparavant. Il a été menacé de mort par un homme en guerre qui lui a lancé : « Sale chrétien, tu dois mourir, et je vais te prendre ta vie ». Sans trop réfléchir, ce chrétien a répondu : « Désolé, tu ne peux pas prendre ma vie. Ma vie, je l’ai déjà donnée à quelqu’un d’autre : à Dieu ». Pris à contrepied par une telle réponse, celui qui se voyait déjà en meurtrier d’un mécréant le laisse partir vivant. Oui, comme chrétiens, nous reconnaissons que la vie ne nous appartient pas, que nous ne cessons pas de la rendre à celui qui ne cesse de nous la donner ; la vie est plus surprenante que ce à quoi, spontanément, nous la réduisons !
Les saducéens que nous présente Luc dans le récit évangélique de ce dimanche mettent en doute, quant à eux, la possibilité même de la résurrection. Ils interrogent Jésus sur l’identité de l’homme qui serait le mari d’une femme qui, soucieuse de respecter la Loi de Moïse, a épousé successivement sept frères sans avoir de descendance. Jésus répond à ses interlocuteurs, que celui qui est appelé « le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob (…) n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants », et Jésus poursuit : « Tous, en effet, vivent pour lui ». Peut-être que, nous aussi, comme les saducéens, nous souhaitons savoir ce qu’il y aura après notre décès. Parfois, nous aussi, nous envisageons la résurrection comme ce qui vient après la vie que nous menons aujourd’hui. La résurrection nous ferait échapper à nos problèmes de santé, à nos difficultés financières, aux jalousies familiales, aux conflits ethniques, aux rivalités sociales, etc. Par sa réponse, Jésus dit que la résurrection est, dès à présent, un au-delà de toutes nos expériences humaines (des expériences difficiles comme des expériences heureuses). En d’autres termes, accueillir la résurrection signifie vivre, dès à présent, notre quotidien d’une manière différente … on pourrait dire : « vivre notre quotidien en ressuscités, dans la foi en Dieu qui est source de vie ». Prenons des exemples. Il nous arrive d’être surpris par des personnes qui, au milieu de très lourdes épreuves, découvrent une étrange paix, voire même rayonnent d’une étonnante paix. Il nous arrive aussi d’être proche de mourants qui se font agents de paix dans leurs familles en insufflant un esprit de réconciliation qui redonne vie à tous. Ces situations – aussi extrêmes soient-elles - nous aident à entendre l’enseignement de Jésus : nous découvrons, nous aussi, que la résurrection n’est pas tant un au-delà de la condition humaine qu’un en-dedans de notre condition humaine où la vie reçue de Dieu est sans cesse accueillie, donnée, redonnée … et jamais retenue comme un bien à posséder pour notre propre confort.
Le psalmiste de ce jour écrit : « je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage ». Nous qui sommes baptisés en Jésus mort et ressuscité, puissions-nous être réveillés dans notre désir de suivre Celui qui, dès aujourd’hui, nous ouvre le chemin vers la vie, vers la vraie vie.

Méditation avec le Père Antoine Kerhuel,SJ
06 novembre 2019, 15:57