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 Mgr Raphael Balla Guilavogui, eveque de N’Zerekore et president de Conference Episcopale de la Guinee Mgr Raphael Balla Guilavogui, eveque de N’Zerekore et president de Conference Episcopale de la Guinee 

Protection des mineurs : la communauté peut aider et jouer un grand rôle

Dans la lutte contre les abus sur les mineurs, la communauté peut jouer un grand rôle. Mgr Raphaël Balla Guilavogui, évêque de N’Zérékoré et président de Conférence Episcopale de la Guinée, nous donne ses impressions après la rencontre sur la protection des abus sur les mineurs dans l’Eglise.

Entretien réalisé par Jean Pierre Bodjoko, SJ – Cité du Vatican

Entretien avec Mgr Guilavogui

Je pense que c'est une très bonne chose que le Pape ait pensé que les présidents de Conférences épiscopales du monde entier puissent réfléchir sur cette question.

A certains moments on pensait que c'était un problème qui touchait l'Amérique et l'Europe. Mais avec cette réunion, on se rend compte que si un problème touche une partie de l'Eglise, il touche toute l'Eglise. Même s’il n'y a pas un niveau d'ampleur ou d'acuité partout, on devrait quand même réfléchir ensemble. Quelle est la réalité dans votre pays ?

Dans notre pays nous pouvons dire que ce n'est pas un phénomène pour le moment. Il y a des cas mais pas beaucoup. Il faut aussi dire que dans nos milieux africains en général, ce ne sont pas des choses qui sont ébruitées. Donc, il y a plutôt la culture de la discrétion, de la pudeur. On fait en sorte que les personnes ne soient pas salies, c’est-à-dire aussi bien la famille de la victime que la famille du coupable. Que ce soit en Afrique ou en Asie ou encore en Amérique latine, les personnes sont quand même sensibles au fait qu’il ne faut pas ébruiter tout ce qui touche au sexe. Mais, nous avons dit qu'il faut aussi de la transparence, de manière à ce que ces crimes ne soient pas tus, qu’ils soient traités de manière à ce qu’il n'y ait pas d'autres cas.

On parle aussi des victimes qui sont en fait des victimes d'autres victimes. Parfois les gens qui ont commis ces abus ont été eux-mêmes victimes d'abus. Est ce qu'il y a une façon de prévenir en Afrique, puisque le problème est sérieux. Par exemple dans des séminaires comment former les futurs prêtres à une réalité qui existe ?
Nous en avons parlé, surtout dans nos carrefours. Il faut absolument qu'on mette sur pied une manière de former, dans les séminaires, qui prépare les prêtres ou les futurs prêtres à lutter contre ce phénomène et aussi d'aider les candidats au sacerdoce à éviter cela parce que, effectivement, il y en a qui sont victimes et qui deviennent ensuite des agresseurs. Cela veut dire qu'il y a d'une certaine manière des gens qui ont été marqués dans leur enfance et qui ont subi un certain trouble.

Est ce qu'il y a quand même des dispositions que votre Conférence épiscopale aurait prises pour traiter de ce problème ?
Le Vatican avait déjà demandé à toute les conférences d'élaborer des dispositions. C’est ce que nous avons fait. Mais il faut surtout les mettre en pratique. Je pense que c’est surtout des dispositions qu'il faut pour prévenir.

Dans les échanges et même dans les interventions, on semble dire que la vie communautaire pourrait être une solution pour ceux qui ont tendance à abuser des mineurs. Une vie individualiste est un facteur dangereux. Un prêtre seul par exemple peut se permettre d'être avec les enfants et de les abuser…
C'est vrai. Je pense que ça peut être aussi l’une des raisons qui expliquent que ce phénomène ne soit pas encore répandu chez nous parce que nous avons au moins la chance d'avoir plusieurs prêtres. Dans nos diocèses, c'est très rare qu'un prêtre vive seul au presbytère. Donc, il y a au minimum trois et parfois plus. Je crois que la vie communautaire peut favoriser la prévention de ce phénomène.

Qu’est-ce que ça vous fait, ces derniers temps d'entendre que beaucoup d’évêques sont condamnés pour des cas d'abus, sont suspendus réduits à l'état laïc ? Qu'est-ce que ça vous dit ?
C'est vrai que ça effraie. Ce sont des choses qui sont inimaginables, surtout dans la mentalité africaine qui est la nôtre. Donc je pense que nous devons beaucoup prier pour ces personnes. C’est une manière aussi de dire qu’il faut prier pour tous les prêtres et les évêques.

Il y a un évêque qui disait que pour résoudre ces problèmes d'abus ça ne suffisait pas seulement de compter sur les évêques et que l'évêque n'avait pas tous les pouvoirs qu'on imagine pour essayer d'arrêter les abus mais il faut impliquer aussi la communauté. Vous pensez qu'il faut compter aussi sur la communauté ?
Oui, je crois que c'est très important de compter sur la communauté parce qu’en effet, il y a dans nos communautés des hommes sages, bien équilibrés, voire des femmes qui peuvent aider à résoudre ce genre de problèmes aussi bien pour aider la victime à surmonter la peur mais aussi pour aider les coupables à se ressaisir et à changer de vie. Donc je pense que c’est bien possible et ça serait une bonne chose. Il faut reconnaître que l'évêque est difficilement informé et donc quand l'évêque est informé, il se trouve qu’en ce moment-là la balle est déjà trop vite partie.

Le problème des abus est un problème très répandu. Pendant la rencontre, on a eu même des rapports de l'ONU, de l'UNICEF sur des problèmes de violences sur les enfants. Selon ces rapports il y aurait plus d’abus dans les familles- ce qui ne dédouane pas l’Eglise. Que faire pour convaincre la société d'aujourd'hui, que la protection des mineurs, en général est quelque chose d'important dans et en dehors de l’Eglise ?
Je pense que c'est la pastorale familiale qu'il faut vraiment développer dans nos diocèses, dans nos écoles et pourquoi pas dans nos Communautés Ecclésiales de Base, dans nos paroisses. Je crois que c'est à ce niveau que nous pouvons aider, parce qu’effectivement, l'Eglise fait partie de la société et ce sont des familles concrètes qui sont victimes ou qui sont peut-être aussi coupables. Malheureusement, comme on l'a entendu dans plusieurs exposés, les bourreaux dans les familles ce sont des personnes proches de la victime, des oncles, des cousins et même des pères. Cela veut dire qu’il y a toute une formation de la société qu’il faut faire.
Nous avons une mission et cette mission c'est de former notre jeunesse parce que les séminaristes qui aspirent à la vie sacerdotale, ou encore d’autres jeunes, ont besoin d'une formation qui leur permette de vivre une vie équilibrée, que ce soit sur le plan humain, sexuel, intellectuel. Je pense que c'est aussi le manque de formation qui conduit aux abus sexuels.

26 février 2019, 14:49