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Emmanuel Kasongo Yakusu, Chef de travaux à l’Université de Kisangani en République Démocratique du Congo Emmanuel Kasongo Yakusu, Chef de travaux à l’Université de Kisangani en République Démocratique du Congo 

Les arbres économiques des forêts du bassin du Congo menacés d’extinction

C’est une alerte que lance Emmanuel Kasongo Yakusu, Chef de travaux à l’Université de Kisangani en République Démocratique du Congo et Doctorant à l’Université de Gand en Belgique, dans une étude menée récemment. L’étude menée dans le cadre de la recherche doctorale s’articule sur la gestion des arbres économiques africains face aux changements climatiques.

Entretien réalisé par Cédric Mouzou, SJ – Cité du Vatican

Réputées pour leur capacité à lutter contre les changements climatiques, les forêts subissent déjà les conséquences de ce phénomène. Événements météorologiques extrêmes, sécheresses, les arbres des forêts du bassin du Congo ne sont pas épargnés. Dans la réserve de Yangambi en République Démocratique du Congo une étude a révélé une augmentation à plus de 0,1°C de la température par décennie. Une augmentation qui se trouve dans la fourchette de 0.74°C ± 0.18°C, considérée comme la fourchette d’augmentation de température moyenne mondiale des cent dernières années. L’avenir des arbres économiques des forêts dans le bassin du Congo serait ainsi incertain.

Les arbres économiques sont en danger

Les pays du bassin du Congo qui, disposent d’énormes superficies forestières, exploitent les arbres de haute valeur économique. En République Démocratique du Congo, les exploitations représentent 28% de l’ensemble des exploitations dans le bassin. En effet les espèces d’arbres du genre Entandrophragma font l’objet d’une attention toute particulière de la part des exploitants forestiers et des scientifiques depuis plusieurs décennies. Le genre Entandrophragma compte des espèces exclusivement africaines et qui sont exploitées pour la qualité de leur bois. L’étude se concentre sur ce genre d’arbres afin d’évaluer leurs comportements face aux changements climatiques. « On ne peut étudier la gestion des forêts sans pour autant comprendre le climat dans lequel ces forêts croissent », explique le chercheur. En effet, il y a plusieurs facteurs qui ont un impact direct sur la dégradation de cette biosphère. Mais le choix de la recherche a porté sur le climat. Et les révélations sont surprenantes. La présence des évènements météorologiques extrêmes, comme des phénomènes El-Niño majeur, la présence de 45% de sècheresse mensuelle, dans une forêt dense et humide de la République Démocratique du Congo entraine le chercheur à se poser des questions sur l’avenir des zones urbaines si des mesures urgentes ne sont pas prises pour limiter cet impact du climat.

Les pays du bassin du Congo doivent prendre des mesures urgentes 

Si des mesures adéquates ne sont pas prises de toute urgence, le rapport entre la séquestration du carbone et la survie des arbres sera déficitaire à long terme. Lorsque ce rapport est déficitaire, il y aura un problème d’équilibre. Au lieu d’être des puits de carbone en terme de réservoir ou de stockage, les forêts vont devenir des sources de carbone. C’est-à-dire que le CO2 contenu dans la biomasse sera déversé dans l’atmosphère. La mise à jour des politiques stratégiques et d'un programme d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques, s’avère alors très nécessaire. Emmanuel Kasongo Yakusu préconise entre autres mesures, trois grandes stratégies. D’abord la réduction des sources des gaz à effet de serre en luttant contre la déforestation. Ensuite le maintien des puits carbone existants des gaz à effet de serre par le maintien des forêts naturelles afin de renforcer efficacement leur capacité à fixer et à stocker le carbone et enfin le développement des puits des gaz à effet de serre par le reboisement. Pour Emmanuel Kasongo, les Etats doivent mettre à jour les différentes politiques notamment les programmes nationaux d’adaptation aux changements climatiques. La survie de ces forêts passe également par une forte conscientisation des communautés locales, et des sociétés privées d’exploitations des arbres.

Entretien avec Emmanuel Kasongo Yakusu
18 février 2019, 17:59