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TOGO-VOTE-ELECTION-PARLIAMENT ( Photo Illustration) TOGO-VOTE-ELECTION-PARLIAMENT ( Photo Illustration)  (AFP or licensors)

Togo : pour les évêques, l’Eglise ne peut pas se taire

Dans son message à l’assemblée générale de la fraternité des prêtres diocésains du Togo à Kpalimé , tenue du 07 au 11 janvier 2019, la Conférence des Evêques du Togo estime que l’Eglise ne peut pas rester silencieuse ni s’abstenir de se prononcer sur ce qui fonde le vivre ensemble au Togo, sinon elle ne serait plus témoin du Christ.

Cédric Mouzou, SJ –Cité du Vatican

« Quels prêtres pour notre pays et le peuple de Dieu dans la crise socio-politique que nous vivons » ? Tel est l’intitulé du message des pères évêques à l’assemblée générale de la fraternité des prêtres diocésains du Togo. La Conférence Episcopale du Togo a choisi de s’écarter des thématiques habituellement abordées dans ses messages aux prêtres , car affirme-t- elle : « à circonstances exceptionnelles, réponses exceptionnelles. »

Des circonstances exceptionnelles

Les circonstances semblent bien exceptionnelles. En effet, depuis août 2017, les rues de la capitale du Togo ainsi que des autres villes sont prises d’assaut par des militants, réclamant des réformes dont la plus importante semble l’alternance du pouvoir et donc le départ du président actuel Faure Gnassingbé. La médiation de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO, avait soumis, en juillet 2018 aux parties togolaises une feuille de route. Celle-ci prévoyait entre autres mesures, une accélération des procédures pour libérer dans la mesure du possible les personnes arrêtées lors des manifestations, une révision du fichier électoral, une recomposition paritaire du bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI, une élection présidentielle à deux tours et une limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. Dernièrement la coalition de l'opposition a boycotté les élections législatives du 20 décembre 2018, dénonçant des irrégularités dans leur préparation. Des élections législatives qui ont vu une participation de 59,25%, selon le rapport de la CENI.

Ces évènements ne laissent pas indifférents les évêques du Togo. « Les violences contre les personnes, les blessés, les détenus et les morts qui ont émaillé la période du dialogue entre les acteurs politiques sont déplorables et inacceptables », martèle la Conférence Episcopale Togolaise qui, juge que le peuple attend des évêques, non seulement « une parole d’espérance et de réconfort, mais aussi une parole forte qui appelle le mal, mal, et le bien, bien ».

La politique n’est pas l'apanage des seuls professionnels de la politique 

Les évêques justifient la particularité de leur message à l’assemblée générale de la fraternité des prêtres diocésains du Togo, par la situation politique du pays qu’ils jugent grave. Une situation à mettre en évidence pour préciser « la réponse collective que l’Eglise doit apporter ». La prise de position des évêques le 15 novembre 2018, appelant à la mise en œuvre « des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, seules susceptibles de garantir des élections libres, transparentes et crédibles », avait suscitée pas mal de critiques. D’aucuns affirmant que « la modernité avait changé le paradigme, et qu’il fallait séparer le religieux du politique au nom de la sécularisation de la religion. » « A chacun son job », avait titré le portail République Togolaise. Le portail estime que c’était un « thème qui ne relevait pas du domaine de compétence de la Conférence des évêques du Togo ».
La Conférence Episcopale du Togo revient à la charge : « La politique, entendu comme la construction et la défense du bien commun, n'est pas l'apanage des seuls professionnels de la politique ». Pour les évêques togolais, la politique est une affaire « de tous les citoyens ». « Elle est même, selon le magistère de l’Église, une des formes les plus élevées de la charité », précise la Conférence Episcopale Togolaise.
Toutefois, « il ne s’agit pas pour les évêques de se prononcer pour tel parti politique d’opposition ou pour le pouvoir ». Mais ils ne doivent pas non plus « se tenir à l’écart de la conduite des affaires politiques ». Alors, le devoir des évêques et des prêtres est de « rappeler les valeurs qui transcendent les clivages partisans: la dignité de l’homme créé à l’image de Dieu et donc, la condamnation de tout acte qui nie cette dignité. » Pour appuyer leur position, les évêques citent la constitution Pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes du Pape Paul VI dans son avant-propos: « L’Église émane du peuple, elle est solidement ancrée dans le peuple et vit intimement ses joies et ses peines ». D’ailleurs, à l’occasion de son message pour la journée mondiale de prière pour la paix 2019, le Pape François « est revenu longuement sur cette exigence de témoignage : l’Église doit s’exprimer, en s’appuyant sur la Parole de Dieu comme seul critère de son appréciation des évènements et des actes des dirigeants politiques ». La bonne politique dit le Pape, « est au service de la paix, elle respecte et protège les droits des personnes ».

L’Eglise s’est toujours prononcée sur la situation socio-politique

Et puis ce n’est pas la première fois que les évêques interviennent dans la vie politique du Togo. Ils en appellent à la mémoire de l’histoire. Dans les années 1990, l’épiscopat avait été sollicité par les acteurs politiques pour arbitrer la conférence nationale souveraine. « L’Église a exprimé à ces diverses occasions, sa position qui n’est pas une position partisane au sens politicien du mot, mais une position qui se fonde sur la Parole de Dieu. Elle est la réponse à ceux qui s’interrogent sur le bien et le bon. » C’est cette même position que l’Eglise reprend aujourd’hui pour défendre le bien commun. « L’Eglise ne peut pas rester silencieuse ni s’abstenir de se prononcer sur ce qui fonde le vivre ensemble dans notre pays, sinon elle ne serait plus témoin du Christ », c’est en substance ce que les évêques veulent faire comprendre à travers leurs différentes prises de positons. « L’Église ne doit pas cesser d’interpeler les consciences, ni d’appeler les dirigeants à des choix qui respectent l’être humain. »
La preuve de cette mission de l’Eglise est visible dans les messages de vœux de Noël et de nouvel an des évêques qui, sans se concerter, ont fait échos des mêmes préoccupations : « les cœurs des togolais n’étaient pas à la fête car inquiets face à un avenir incertain ». Ainsi les évêques avaient appelé les togolais à travailler pour la réconciliation, en évitant le mensonge, la violence dans les propos et les actes.

Le prêtre togolais doit être courageux

« Le Christ qui nous a associé à son unique sacerdoce nous redit : Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix.( Jean 18, 37) ». Rassurés par ce verset de l’évangile de Jean, les évêques demandent aux prêtres togolais d’être courageux. Ils doivent être des prêtres « qui parlent de ce qu’ils ont entendu du Christ ». Le prêtre doit se tenir sur la brèche en faveur du peuple comme le clamait en son temps le prophète Ezéchiel. Concrètement, aujourd’hui, expliquent les évêques, « se tenir sur la brèche, dans notre cher pays en crise, c’est pour nous, prêtres, appeler le peuple de Dieu à garder la Parole de Dieu, immuable et efficace ; c'est appeler le peuple à tenir ferme dans l’espérance, à maintenir vive la flamme de la prière ». La tâche que les évêques confient aux prêtres n’a rien de nouveau ni d’extraordinaire : « annoncer Jésus-Christ et Jésus-Christ seulement ». Les prêtres togolais doivent parler quand il s’agit « de défendre la dignité de la personne », quand il s’agit « de défendre des aspirations à plus de justice, de vérité et de fraternité ». « Parler devient alors un témoignage courageux. » Mais attention être courageux ne veut pas dire être téméraires, mettent en garde les évêques. Pour la crédibilité de l’Eglise, la Conférence Episcopale du Togo, invite les prêtres à parler et à agir en Eglise et au nom de l’Eglise tout en évitant les prise de paroles individuelles. « Demandons à l’Esprit Saint la grâce de ce discernement », concluent les évêques.

 

 

 

 

12 janvier 2019, 17:40