Version Béta

Cerca

Vatican News
Mgr Mathieu Madega Lebouakehan (en chapeau), évêque du diocèse de Mouila/Gabon Mgr Mathieu Madega Lebouakehan (en chapeau), évêque du diocèse de Mouila/Gabon  

Immigration : Mgr Mathieu Madega Lebouakehan préconise une relation d’amour en matière d’accueil

« Les déplacés et ceux qui les accueillent doivent favoriser une relation d’amour »,ainsi s’est exprimé Mgr Mathieu Madega Lebouakehan évêque du diocèse de Mouila et président de la Conférence épiscopale du Gabon, dans le cadre d’une Conférence internationale sur la xénophobie, le racisme et le nationalisme populiste dans le contexte des migrations mondiales.

Entretien réalisé par Jean-Pierre Bodjoko,SJ – Cité du Vatican

Il a été organisé à Rome du 18 au 20 septembre 2018, la Conférence internationale sur la xénophobie, le racisme et le nationalisme populiste dans le contexte des migrations mondiales. Cette conférence a été une initiative du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral et du Conseil Œcuménique des Eglises, COE, en collaboration avec le Conseil pontifical pour l’Unité des Chrétiens. Mgr Mathieu Madega Lebouakehan évêque du diocèse de Mouila et président de la Conférence épiscopale du Gabon, a été l’un des participants à cette conférence. Conscients d'une augmentation des réactions xénophobes et racistes envers les réfugiés et les migrants, les participants ont essayé au cours de cette conférence, d’analyser la situation. Le phénomène qui existe depuis la nuit des temps ressurgit à chaque fois que les personnes se sentent menacés.

Les immigrés victimes des préjugés

« Les immigrés sont ainsi identifiés à cause de la situation de crise mondiale généralisée. Dans une situation de crise, les vieux démons et les vielles peurs se réveillent, parce qu’il n’est pas faux de penser qu’en plusieurs personnes, généralement sommeillent des préjugés. » Ce sont les explications de Mgr Lebouakehan. Il s’exprimait en marge de la Conférence internationale sur la xénophobie, le racisme et le nationalisme populiste dans le contexte des migrations mondiales.
Les immigrés sont victimes des préjugés. Ces préjugés, estime l’évêque de Mouila, se trouvent consolidés par les menaces sécuritaires d’ordres alimentaires, sanitaires et économiques.
Lorsque les différences sont accentuées par les traits physiologiques, l’on comprend que ce qui n’était que peur de l’autre, acquiert de grande proportions. Toutefois, Mgr Lebouakehan reconnaît que dans tous les peuples, il y a toujours des blagues plus ou moins salés, faites aux voisins. Une mentalité qui est assez souvent présente, à savoir que lorsque des individus qui partagent une même identité se trouvent menacés par une identité nouvelle, elles ont tendance à se solidariser contre l’identité nouvelle.

Les guerres : facteurs de déplacements des populations

Les guerres sont des facteurs à l’origine des déplacements en masses des populations. La misère économique est un facteur, que les guerres amplifient. L’humanité devrait s’arrêter pour ne pas vivre constamment dans la fuite. On ne peut pas s’amuser à causer le désordre et croire que ce désordre va rester cantonné aux endroits où ils ont été engendré. A un moment donné, poursuit le président de la conférence épiscopale du Gabon, il y a le revers de la médaille, et l’effet boomerang se produit. Dans le passé, lorsque les déplacements étaient fonctions des catastrophes naturelles, les déplacés étaient en général bien accueillis. En générale, ces personnes rejoignaient leurs pays une fois les catastrophes maîtrisées. Cependant lorsque les personnes chassées par d’autres n’ont plus une espérance de retourner chez elles, apparaissent des phénomènes nouveaux qui engendrent des situations explosives.

Quand une maison brûle, le temps n’est pas aux paroles

L’évêque de Mouila évoque les initiatives des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, SECAM. Par l’intermédiaire de son département qui s’occupe de la justice, de la paix et du développement, le SECAM traite des questions relatives aux migrations. Aujourd’hui, l’Eglise en Afrique a pu obtenir le statut d’observateur auprès de l’Union africaine. Mais la désolation du président de la conférence épiscopale du Gabon est palpable : « les responsables de l’Eglise ne sont pas écoutés et cela pose problème ». Mgr Lebouakehan reconnaît qu’en général, en période de paix et de quiétude, l’écoute se fait rare. Et on aime attendre que l’Eglise parle seulement quand la maison brûle. Pourtant quand une maison brûle, le temps n’est pas aux paroles. L’Eglise a toujours parlé et montré la direction, mais il faut reconnaître que nous avons à revenir toujours à l’évangile. Ainsi, l’Eglise prévoit le temps de l’avent pour nous préparer à l’accueil du Seigneur, et celui de carême pour la conversion.
« Malgré cela, il est bon que tous les chrétiens baptisés s’unissent pour récupérer leur dignité d’enfants de Dieu, grâce à laquelle nous pourrons bâtir de nouvelles relations avec Dieu, et entre nous, pour un mieux vivre», a souligné Mgr Lebouakehan.

Favoriser une relation d’amour en matière d’accueil

Le Président de la Conférence épiscopale du Gabon souhaite que les déplacés et ceux qui les accueillent favorisent une relation d’amour. Pour lui, si l’amour véritable et réelle est mis à la base, les problèmes, aussi graves soient-ils, sont résolus d’une manière plus sereine et plus digne. L’Eglise est famille de Dieu. Si chacun de son côté en prend pleinement conscience, les solutions aux différents problèmes seront trouvées. Mgr Lebouakehan appelle tous les africains à un amour divin et à un retour à l’identité. Il ne s’agit pas, dit-il, d’une identité en opposition avec les autres, mais d’une identité comme condition de possibilité de vie et de survie, pour être en relation avec les autres. Les africains doivent prendre conscience qu’ils sont des personnes à part entière, créées à l’image et à la ressemblance de Dieu et ils doivent être fiers de la couleur de leur peau.

Le silence des acteurs des droits de l’Homme

« Comment le mal peut-il trouver racine en nous et se propager ? Mgr Lebouakehan répond en attirant l’attention sur un fait récurrent : « Nous constatons que lorsqu’un citoyen du nord est en danger, tous les pays du nord se mobilisent pour aller rechercher leur citoyen en danger, même dans un petit coin du monde. Il y a une espèce d’aveuglement international. Nous ne pouvons pas comprendre que les gens qui ont les moyens, les chantres des droits de l’homme, de la démocratie, contemplent ce phénomène de maltraitance et de vente des immigrés sans rien dire. » Ainsi, il appelle tous les fidèles chrétiens à retourner au Seigneur, parce que le cœur de l’homme, affirme-t-il, ne sera jamais en paix, aussi longtemps qu’il ne se reposera pas en Dieu.

Le rôle des medias

Très remonté, l’évêque de Mouila pointe du doigt certains médias, qui présentent une mauvaise image de l’Afrique. La tendance de certains medias est de dépeindre l’Afrique seulement comme un continent de misère, opposé à l’El Dorado qu’incarnent certains autres continents. En effet, toute personne qui se trouve dans la misère, aspire naturellement au bonheur. Par conséquent, on ne peut pas prêcher simultanément un bonheur qui se trouve là-bas et la misère d’ici et demander au même moment à ceux qui croupissent dans la misère de ne pas se rendre dans ces El Dorado que font miroiter les médias. « Il n’est pas bon que nous essayons de faire la politique de l’autruche.» Mgr Lebouakehan fait remarquer que la responsabilité est vraiment complexe.

Le voyage doit être entrepris en toute sécurité

Le Président de la Conférence épiscopale du Gabon, lance un appel pressant aux jeunes, celui d’entreprendre un voyage fait en toute sécurité, quand il ne s’agit pas d’un déplacement forcé. Pour Mgr Lebouakehan : « Il n’est pas bon de quitter un petit feu de cuisine, pour tomber dans un feu de camp. Il n’est pas bon de fuir un petit incendie pour tomber dans un volcan. Or, il se trouve que malheureusement pour trouver le fameux bonheur miroité, il faille passer par un volcan. Je dirai qu’avant de se déplacer, il faut vraiment avoir toutes les garanties et emprunter en général, les chemins les plus courts et obtenir les papiers les plus vraisemblables, avant de quitter chez soi».
 

 

Entretien de JP Bodjoko, SJ, avec Mgr Mathieu Madega Lebouakehan
29 octobre 2018, 18:49