Recherche

Vue aérienne prise en 2019 sur le démentèlement d'une mine d'or illégale dans le sud du Pérou. Vue aérienne prise en 2019 sur le démentèlement d'une mine d'or illégale dans le sud du Pérou.  (AFP or licensors)

Pérou: «la politique doit redevenir représentative des intérêts des citoyens»

Au Pérou, l’Église en appelle au sens «combatif» des Péruviens pour sortir de «l’impasse». À l’issue de leur 126ème assemblée plénière, les évêques exhortent en particulier les gouvernants, qui ont perdu toute légitimité aux yeux du peuple, à prendre leurs responsabilités.

Vatican News

«Ne nous laissons pas envahir par le pessimisme, car le peuple péruvien est combatif, créatif, entreprenant et capable de grandes œuvres, comme il l'a démontré tout au long de notre histoire nationale. Il est temps de montrer notre grande réserve morale», ont écrit les évêques péruviens à l'issue de la 126e Assemblée plénière de la conférence épiscopale péruvienne (CEP), qui s'est tenue du 22 au 26 janvier.

L'engagement de l'Église pour la justice sociale

Face à la grave situation générale que traverse le Pérou qui génère angoisse et tristesse, les évêques rappellent en préambule «l'engagement de l'Église pour la justice sociale, à laquelle elle ne peut renoncer et qui a toujours été présente dans sa mission». Aujourd'hui, regrettent les prélats, «nous vivons dans un monde où le progrès technologique se mêle paradoxalement au mépris de la pauvreté et à la maltraitance de la nature». Ils décrivent un «monde d'ombres» qui a besoin de justice et d'attention à la maison commune. La mission de l'Église, en fidélité à Jésus-Christ, est de construire la fraternité, qui est aujourd'hui «très malmenée».

Une corruption généralisée

La corruption «généralisée» a selon eux «accompagné l'histoire de la République», mais elle a joué «un rôle central ces dernières années». La «pandémie» s'est aggravée en raison de la croissance de l'économie illégale, estiment les évêques qui listent les symptômes de la maladie: le trafic de drogue, l'exploitation minière illégale, l'exploitation forestière illégale, la traite des êtres humains, le trafic immobilier, l'approbation de la loi sur les forêts et la faune qui favorise la déforestation de l'Amazonie ou encore le blanchiment d'actifs par le biais d'«investissements» dans tous les domaines.

Selon les évêques péruviens, tout cela est imposé par une économie «qui cherche à obtenir des bénéfices, en violant la légalité». Ce type d'économie utilise un «État faible et manipulable». Dans ce contexte, en effet, «les réseaux criminels ont vu à quel point il était stratégique de corrompre la politique, les partis ont été remplacés par des organisations qui n'existent pas pour représenter, mais seulement pour obtenir des positions dans l'État». Cela n’est pas sans conséquence pour la population: les personnes les plus vulnérables sont frappées, ce qui exige une attitude «urgente, décisive et efficace» de la part des autorités compétentes.

Appel à la responsabilité des gouvernants et des gouvernés

Il est nécessaire que les gouvernants assument leurs responsabilités, en particulier en ce qui concerne les événements dramatiques du coup d'État déjoué de décembre 2022, estiment les évêques. À cet égard, ils soulignent que «l'équilibre des pouvoirs est très faible et que l'indépendance des organes de contrôle politique a été mise à mal». Aujourd’hui, les pouvoirs exécutif et législatif ont été délégitimés, comme en témoignent les niveaux élevés de désapprobation par la population.

«Nous sommes donc confrontés à une situation politique forcée et dangereuse qui encourage encore plus le rejet de l'opinion publique», le problème le plus urgent selon l’épiscopat pour qui il n’est pas suffisant d'organiser des élections dans deux ans. «Il faut promouvoir dès maintenant des initiatives claires pour sortir rapidement de cette impasse et pour que les dirigeants s'ouvrent à de nouvelles voies, à un dialogue différent». Un changement de mentalité est nécessaire pour la conférence épiscopale.

Il faut trouver une direction commune pour tout le pays

Face à cette situation, les évêques péruviens encouragent la reprise d'un projet de pays juste, fraternel, uni et réconcilié, dans lequel «nous devons trouver le chemin en marchant ensemble, de manière coresponsable, à la recherche du bien commun». Ainsi, à l’avenir, «l'économie doit être liée à la justice sociale et environnementale», la vie doit être protégée et défendue en toutes circonstances, de la conception à la mort naturelle. «La politique, jugent-ils, doit redevenir effectivement représentative des intérêts des citoyens et transparente».

L’espoir porté par un peuple combatif

Enfin, les prélats appellent toutes les forces sociales et politiques à rechercher un consensus sur des politiques efficaces dont la priorité est le bien-être de tous les Péruviens. «Ne nous laissons pas envahir par le pessimisme, car le peuple péruvien est combatif, créatif, entreprenant et capable de grandes œuvres, comme il l'a démontré tout au long de l'histoire nationale». Les évêques appellent donc l'État, les entreprises et les organisations sociales à parvenir à des accords concrets et durables par le biais d'un dialogue équitable, bien intentionné et transparent, sans violence d'aucune sorte, et à rendre des comptes aux citoyens. Et ils appellent le peuple péruvien à prendre position et à s'engager activement pour participer à l'identification et à la construction des solutions dont nous avons besoin pour surmonter la crise.

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

26 janvier 2024, 15:19